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Récit d’une collaboration originale entre un prêtre exorciste et un psychanaliste

Date : 30 décembre 2016

« Récit sur une collaboration originale entre un prêtre exorciste et un psychanalyste »
par le docteur Alberto Velasco.

Le Docteur Velasco, médecin psychiatre et psychanalyste à l’hôpital Sainte Anne à Paris, vient nous relater un voyage, celui qu’il a accompli de 1995 à 2008, 13 années de collaboration avec le Père Maurice Bellot, alors prêtre exorciste du diocèse de Paris.

Le sujet est délicat et le Docteur A.Velasco l’aborde avec beaucoup de précautions oratoires, précisant qu’il s’agit avant tout de relater une rencontre entre deux personnes animées par le même désir de soulager les personnes en grande souffrance qui s’adressent à eux.
Il précise qu’ils viennent de signer un ouvrage à quatre mains pour partager cette expérience unique de collaboration.

1. Prudence

La prudence s’impose lorsque l’on emploie le terme « diable », il y a derrière ce terme différentes perceptions et définitions mais toutes se recoupent sur la question du mal .
Les deux intervenants ont eux aussi sur ce sujet des points d’entente, mais avec des limites et parfois des fossés. En revanche, le prêtre et le psychanalyste s’entendent totalement sur la notion de désarroi. Leur objectif est le même, aider les personnes en détresse.

2. Rencontre

La psychiatrie et la psychanalyse en milieu hospitalier sont des organisations sectorisées mais il leur est offert la possibilité de travailler sur des sujets extérieurs ( intervention en amont avec des éducateurs, avec la police…) même si, bien évidemment l’objectif premier de la psychiatrie reste de s’occuper des gens qui souffrent.

Un jour, le service du Docteur A.Velasco reçoit un appel téléphonique d’une personne se présentant comme l’exorciste officiel du diocèse de Paris. C’est ainsi que démarre cet étonnant travail de réflexion commune.
Le Père M.Bellot, est un prêtre « classique » qui après avoir rempli d’autres fonctions notamment en paroisse, est nommé par Monseigneur Lustiger à la tête d’une équipe chargée de l’exorcisme.
Pour le Père M.Bellot et son équipe, conformément aux directives du Concile Vatican II, il y a nécessité de réfléchir et de collaborer avec des spécialistes ayant une approche autre que spirituelle.
L’équipe de psychiatres et psychanalystes de Sainte Anne découvrent avec étonnement le rôle de ce service de l’Église, et sont stupéfaits de voir tant de gens en détresse s’adresser à cette institution ( le père M.Bellot recevait quand il était en activité, 1500 personnes par an.
Pour le psychiatre, il y a toujours un questionnement face à cette notion de diable, face à ce mot qui a traversé les siècles.
Pour le Docteur A.Velasco, il y a un lien évident avec le subconscient.

Chacun des protagonistes ayant une curiosité réciproque et un moteur commun ( soulager la souffrance) les rencontres se mettent en place.

3. Postulats de base.

Pour l’un, le Père M.Bellot, il s’agit de se conformer aux principes de Vatican II.
Pour l’autre, le Docteur A.Velasco, il s’agit de répondre à la mission de service public qui lui incombe.
Les points d’intersection se profilent : le Père M.Bellot parle de personnes en souffrance ayant des difficultés à la limite du spirituel et du psychologique.

- Mal/mal
Pour le Père M.Bellot, « le Mal, c’est ce qui fait mal. »
Il y a là un point de convergence entre les deux partenaires, mais chacun reste à sa place, et reste ce qu’il est, l’un, un prêtre, l’autre, un médecin.
C’est la première passerelle, le médecin et l’exorciste s’occupent du désarroi et de la souffrance .
Tous deux traitent le même problème et tentent de soulager, mais leur approche reste différente (tant la définition que les remèdes).

- Désarroi
Le Docteur A.Velasco prend l’exemple de deux grands hommes, Dante et Goethe.
Pour lui, ces deux hommes sont en souffrance, ils sont en quête de connaissance ( différente de la quête du savoir) et sont désespérés, accablés car cette quête est vaine.

4.Travail

Les réunions se mettent en place, sont trimestrielles et les situations restent anonymes .

« chacun a son démon, chacun a son diable, chacun a une part de mal et de ténèbres en lui : il faut l’apprivoiser . »M . Bellot

Pour la psychanalyse cette approche est intéressante car une personne qui souffre cherche un soulagement là où elle pense qu’on le lui apportera. Cela ne se matérialise pas nécessairement sous la forme de demande d’aide psychologique, puisque la personne en souffrance ne perçoit pas cette souffrance comme psychologique.

5. Données et chiffres

- 13 années de collaboration
- accueil de l’Église à Saint-Irénée
- 1500 personnes reçues par an par l’équipe d’exorcistes
- 40 % des demandes relèvent du « magique païen… ce sont des gens malmenés par la vie...ils ne vont pas bien, ils ont mal. » (M.Bellot)
- plus de 50 % sont des « mal aimés socialement ». (M.Bellot)
- 10 % sont des « mal sauvés, ils n’ont pas compris ce qu’est le Salut de Dieu. » ( M.Bellot)

Pour le psychanalyste, le bonheur peut être une « bonne heure », il est éphémère, on ne s’en rend pas compte. Le malheur, lui est plus consistant, il dure.

6. Aider et réfléchir

« Oui, le diable existe, mais on n’est pas obligé d’y croire. » M.Bellot
Il faut donc le disqualifier, notamment grâce à l’espace d’accueil qu’offre l’Église.

Pour le Docteur Velasco, le diable est un mot, on l’associe à plein de choses ;
Il appartient à un univers de langage commun mais chacun y met ce qu’il veut ;
Pour lui, le travail quotidien du Père M.Bellot est de disqualifier ce mot.

« Le Diable a le profil de l’Inconscient . » A.Velasco, il est donc nécessaire de l’étudier.

7. « Le diable, l’exorciste et le psychanalyste »
C’est le titre de l’œuvre commune, fruit de ces 13 années de collaboration et qui se présente sous la forme d’un dialogue entre les deux partenaires, devenus complices au fil du temps.

Le Docteur Velasco ayant terminé son intervention, il répond aux questions de l’assemblée.
La soirée se poursuit autour d’un cocktail qui permet aux uns et aux autres de débattre à bâtons rompus avec notre conférencier qui se prête avec gentillesse à cette prolongation.