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Sur les pas de Jean-Jacques et de "Maman"

Date : 14 juin 2018

Maman, c’est ainsi que Rousseau appelait dans Les Confessions, Madame de Warens, son initiatrice, mentor et amante. Dotée d’un grand charisme, cette « femme-cougar » avant l’heure, avait créé la fonction de « convertisseuse » professionnelle de protestants, moyennant quelques pécunes ! En trois jours, parfois moins, elle réalisait l’exploit d’en faire des catholiques « grand teint » ! C’est le sort qui échut à notre jeune freluquet de 16 ans dès son arrivée à Chambéry, avant qu’il ne devienne, grâce à ses bons soins, « un homme ». Elle lui trouva un emploi aux archives, auquel il renonça rapidement, pour cause d’ennui profond. Son rôle de professeur de musique auprès des jeunes filles de la bonne société le satisfit davantage. Mais les parents, eux, déchantèrent rapidement !
C’est sur les pas du promeneur solitaire et de sa protectrice que nous a entraînées Caroline Roussel, notre guide favorite, à travers la capitale de Savoie, en quête de découvertes et de réminiscences.
Emma, en bonne fée qu’elle est, avait convoqué le soleil, entre deux épisodes orageux.
Notre parcours littéraire commence à l’Hôtel de Cordon daté du XVIème siècle, centre de l’interprétation de l’architecture et du patrimoine. Nous arpentons les allées traversantes qu’on appellerait « traboules » à Lyon, entre les édifices et découvrons émerveillées : ici une petite place ombragée, là une grille ouvragée de belle facture, ou encore de magnifiques escaliers que Florence pare de noms savants comme : « escalier droit à double volée à mur-noyau » ou « escalier hélicoïdal évidé » ou encore « tour-escalier » ou enfin « mur-noyau porteur d’échiffres ».
Nous arpentons les ruelles, d’hôtel en hôtel, avant de pénétrer dans le château des Ducs de Savoie, siège de la Préfecture. Nous y croisons, au hasard, l’homme politique Hervé Gaymard !
Nous jetons un regard intéressé sur la Sainte-Chapelle qui a accueilli le Saint-Suaire transféré à Turin en 1578 et sur les carillons extérieurs qui portent le nom de leurs donateurs.
S’ils n’étaient bloqués, ils sonneraient pour nous l’heure de la pause et du repas prévus dans le domaine des Charmettes.
« Une maison isolée au penchant d’un vallon fut notre asile, et c’est là que dans l’espace de quatre ou cinq ans j’ai joui d’un siècle de vie et d’un bonheur pur et plein… »
C’est ainsi que Jean-Jacques Rousseau décrit dans la Dixième promenade de son ouvrage Les Rêveries du promeneur solitaire, la demeure, qu’il a habitée entre 1736 et 1742 avec Madame de Warens. Située aux abords de la ville, dans un site naturel préservé et absolument charmant, elle s’avère particulièrement propice à un pique-nique.
Notre guide nous invite à partir à la découverte de ce merveilleux lieu de mémoire littéraire.
Plusieurs propriétaires ont habité cette maison construite en 1660. Au fil du temps, des conservateurs de musées l’ont aménagée tout en respectant l’esprit d’origine. A la fin du XVIIIe siècle, l’un des occupants commande les décors peints en trompe-l’oeil qui ornent les pièces. Cet ensemble rare et précieux a été réalisé selon un procédé d’impression artisanale au pochoir, rehaussée au pinceau. On appelle ces motifs floraux : des « Indiennes ».
Dès l’entrée, nous trouvons la chaise à porteurs, chère à Mme de Warens et la mappe sarde représentant la ville de Chambéry en 1729. Elle représente le premier cadastre graphique européen, réalisé par l’administration du royaume de Piémont-Sardaigne. A l’époque, la capitale était Turin où régnèrent Victor-Amédée II, puis Charles-Emmanuel III.
On retrouve aussi, dans les carnets de George Sand, un dessin du piano-forte installé dans le salon de musique, dessin qu’elle réalisa lors de sa visite en 1861.
Jean-Jacques Rousseau s’est toujours passionné pour la musique. Il invente une nouvelle méthode d’écriture musicale en remplaçant les notes par des chiffres. Plus tard il composera un opéra : Le devin du village qui sera même joué à Grenoble !
Nourri de ses multiples lectures, Jean-Jacques Rousseau constitue aux Charmettes son magasin d’idées, origine de la formation intellectuelle du futur philosophe. Il compose ses premiers essais littéraires comme Le Verger de Madame de Warens en 1737.
La maîtresse des lieux, elle, s’intéresse davantage à la botanique et se passionne pour les ouvrages de « médecine du pauvre », et de thérapie par les plantes.
Elle assure l’éducation spirituelle et sentimentale du jeune homme qui sera marqué à jamais par cet amour !
Après de multiples anecdotes, notre imaginaire va bon train, et nous terminons notre visite par le jardin à la française, véritable écrin de nature, propice à la contemplation. Il accueille aujourd’hui un jardin botanique composé de plantes médicinales, potagères et aromatiques. Au livre VI des Confessions, J. J. R. relate sa première montée aux Charmettes à travers l’épisode de « la pervenche en fleur ». Fleur emblématique de ces lieux, elle agira comme la future « madeleine » de Proust, en concentrant les effets émotionnels de la réminiscence.
Pour un peu, nous aurions presque pu écrire après Rousseau :
« Ici viennent les paisibles mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire que j’ai vécu ! »F.N. ET D.VDB 14 -06-2018