Fédération Française du Lyceum Club International

Fédération Française du Lyceum Club International

Accueil > Clubs > GRENOBLE > UN CIMETIERE ? LA MEMOIRE VIVANTE DES HOMMES
Version imprimable de cet article

UN CIMETIERE ? LA MEMOIRE VIVANTE DES HOMMES

Date : 16 octobre 2018

Guidées par notre intarissable MaO, membre de l’Association St Roch créée il y a douze ans par des bénévoles, nous a vons profité d’une visite spéciale de ce lieu très particulier. Ce n’est certes pas une promenade coutumière, mais les cimetières témoignent toujours de l’histoire des hommes et constituent un patrimoine, tant architectural qu’historique, religieux ou sociologique. Sous un soleil presque printanier, nous étions treize à nous attarder devant ces monuments somptueux ou modestes à l’image des femmes et des hommes qui y reposent.
Notre déambulation commence par la partie ancienne du cimetière, reconstituée à partir des tombes remarquables sauvées de l’inondation de 1858. Au XIXème siècle, les défunts étaient souvent identifiés par les symboles de leur métier : le compas de l’architecte, l’étole du prêtre, les médailles du militaire, la palette du peintre…
Nous nous arrêtons devant une tombe où deux anges évoquent des enfants disparus. (« Il faut que l’herbe pousse et que les enfants meurent » Victor Hugo) , contrepoint à la représentation de trois orphelins, œuvre du sculpteur Sappey, émouvant portrait d’enfants qui demandent à « leur mère chérie , du haut du ciel, de veiller sur eux »
Les styles sont extrêmement divers et les sources d’inspiration multiples. Une tombe exotique, de style créole aiguise notre curiosité. Le travail historique et généalogique des chercheurs qui se penchent à la fois sur le passé et la symbolique des plantes représentées est passionnant. S’agit-il de canne à sucre ou de palmier ? Les commentaires vont bon train.
Nous passons de sépultures en déshérence à de somptueux monuments qui témoignent de l’importance de certaines familles dans la vie de la région. La stèle de Madame de Langon, à l’origine de l’établissement thermal d’Uriage est à l’image de cette femme très laide, au cœur magnifique ! Pour la curiosité, voici Augustine Gondolfo, dompteuse de 18 ans dévorée par sa lionne ! Félicité Valentin, « élève de Melle Reboud », immortalisée par un faisceau de rayons divins qui tombent sur un oiseau, avait-elle été adoptée par ce professeur ? Comme dans la vie, les personnes les plus dissemblables se côtoient.

Citons encore, parmi les figures remarquables, le seul gisant du cimetière, l’abbé Gerin, en attente de béatification, ou l’évocation d’Elisabeth de Miribel, secrétaire du général de Gaulle, qui a dactylographié l’appel du 18 juin. La tombe de la famille Jouvin, réalisée par Henri Ding, est, elle aussi, emblématique de cette époque. Notons, pour la petite histoire, que la statue de leur fille, Hélène, a été dérobée récemment ainsi que la main gauche de la grande sculpture représentant le Temps !
MaO en profite pour nous conter la très jolie histoire de ce buste en terre cuite qu’elle a elle-même ‘’volé’’ afin de le restaurer et de le sauver des outrages du temps, dans l’esprit de la Conservation du Patrimoine. Elle l’a bien sûr restitué par la suite et il a retrouvé sa place initiale
D’autres réalisations évoquent d’autres temps et d’autres histoires souvent pathétiques, comme celle de Luna Colette Bendaoud, petite fille juive. Six membres de sa famille ont été assassinés à Auschwitz, immortalisés par leurs noms figurant sur la stèle.

Ces tombes exceptionnelles nous permettent de rencontrer des êtres exceptionnels, rendus vivants par des textes forts, lus par notre guide. Histoires et poèmes, dans cette mise en voix, se mêlent et se renforcent dans ces évocations anecdotiques souvent douloureuses.

Nous terminons notre périple par une réflexion sur l’évolution de la tombe, illustrée par des monuments plus récents. Une personnification plus ancrée dans la vie temporelle supplante l’aspect religieux de la symbolique. Photos et évocation des loisirs, textes personnalisés font leur apparition.
Plus extériorisée, plus extravertie, plus anecdotique, c’est, à l’image de l’actualité, une autre façon de représenter et de vivre l’absence, de faire son deuil …
En cette belle matinée d’automne nous avons été confrontées à la représentation de la mort et de la vie dans ce qu’elle a de plus intemporel et fondamental.
16 / 10 / 2018 . D.VDB avec l’aimable complicité de MaO