Fédération Française du Lyceum Club International

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VOYAGE INTERCLUBS à ANGERS

Date : 18 septembre 2018

Avec les clubs de Bretagne et d’Oréans
Mardi 18 septembre :
Après le plaisir des retrouvailles, nous voici au pied des 17 tours de 12 m de diamètre et des 800 m de l’enceinte entourée de fossés–jardins du château d’Angers. La gigantesque forteresse de 25000m2, construite en tuffeau et chaînages de schiste ardoisier gris (ou inversement) sur un promontoire rocheux, surplombe la Maine. Suite aux troubles des guerres de religion elle devint prison dont son gouverneur, Donadieu de Puycharic, ne rasa pas les tours malgré les ordres d’Henri III, mais renforça les murs et n’en supprima que les toits en poivrière pour édifier des terrasses où placer l’artillerie tournée vers ville et rivière. Construite en 1230 par Blanche de Castille et Louis IX sur une vaste architecture militaire comtale du Xe s, afin de protéger la France des menées du duc de Bretagne, la forteresse royale se doublait d’une nouvelle enceinte urbaine incluant la muraille antique ; les chanoines utilisèrent cette dernière pour construire des maisons canoniales. Les aménagements apportés au château aux XIVe et XVe s. par les quatre très raffinés ducs d’Anjou (Louis I, II et III, René) sont remarquables, notamment ceux du "Bon Roi René" (1409-1480), qui édifia le logis royal et le châtelet ; passionné de jardins, il est considéré comme précurseur de l’horticulture en Anjou où il importa vigne, essences méditerranéennes, arbres fruitiers et fleurs, dont la rose de Provins. Cadet de Louis II d’Anjou et de Yolande d’Aragon, duc d’Anjou et comte de Provence à la mort de son aîné en Italie, René 1er était cousin, soutien, ami et beau-frère du roi Charles VII. Marié à Isabelle, l’héritière du duché de Lorraine, ce fastueux personnage entouré d’artistes avait bénéficié des titres et fortune de son grand oncle Louis Ier de Bar, puis de Jeanne II de Naples dont il perdit le royaume mais conserva le titre de roi de Jérusalem et de Sicile. A sa mort, son neveu Louis XI, gourmand de ses Etats, les rattacha à la Couronne de France et s’octroya son titre de roi de Naples. Nous entrons dans le château par la Porte de la Ville flanquée de deux tours circulaires. Par le châtelet du XVe s nous passons de la basse cour à la cour seigneuriale où subsistent logis royal et chapelle, et gagnons la galerie construite en 1954 par Bernard Vitry (h= 9m, L= 96 m) pour exposer la tenture historiée de l’Apocalypse d’Angers, ensemble de 71 tapisseries de haute lisse présentées sur fond bleu foncé, sous une intensité de lumière de 40 Lux (de 1954 à 1980, les couleurs ont perdu 40 % de leur vivacité par l’excès de lumière provenant des baies mais elles restent intactes sur l’envers de la tenture, entièrement réversible car ses fils sont rentrés), à température de 19° C et degré d’hygrométrie constant. Cette "tapisserie couchée" de laine, œuvre politique de prestige commandée au marchand lissier parisien Nicolas Bataille en 1375 par le duc Louis Ier, fils du roi de France Jean II le Bon, se composait à l’origine de six très grandes pièces de tapisserie contenant chacune quatorze tableaux. Exécutée sans doute à Paris, dans les ateliers renommés de Robert Poisson, d’après les cartons du peintre Jean Bondol dit Hennequin de Bruges, qui aurait pu s’inspirer, par exemple, d’un manuscrit de l’Apocalypse selon Saint Jean de la "librairie" de Charles V dont il était le peintre attitré. Le texte écrit par Jean, au 1er siècle, annonce la bataille entre les forces du bien et du mal, les catastrophes qui puniront les hommes à la fin du monde, l’émergence d’un monde nouveau. Longue de 144 m sur 5,50 m de haut lorsqu’elle "tomba du métier" le 31 juillet 1382, elle ne mesure plus que 103 m sur 4,50 m, et a même failli disparaître. Utilisée dans le château lors d’occasions solennelles, puis léguée à la cathédrale par le roi René pour y être exposée lors des fêtes religieuses, elle passa de mode au XVIIIe et le chapitre cathédral tenta sans succès de la vendre. La Révolution la découpa en couvertures pour chevaux et orangers, tapis et rideaux. En 1843 le chanoine Joubert trouva une "guenille à essuyer les pieds" dans le trésor de la cathédrale, la reconnut et décida de la sauver ; 50 ans de quête permirent de retrouver 4/5e des 850 m2 d’origine. Restaurés, 68 des 94 tableaux et bordures sont intacts, sept partiels, 19 et le texte des 405 versets de l’Apocalypse selon Saint Jean manquent. Les couleurs, vives, sont d’origine végétale : l’ail et le pastel pour le bleu, des terres et la garance pour le rouge, d’autres terres et la gaude pour le jaune. On trouve 28 teintes différentes de laine mais le rouge et le bleu dominent. La lecture se fait de gauche à droite et de haut en bas, à plusieurs niveaux :
* le 1er, en haut, est biblique (Saint Jean écrit en 90 à Patmos),
* le 2ème est historique (grande misère du XIVe, réalisme des personnages : Guerre de Cent Ans et bataille perdue de Poitiers, peste noire et épidémies, famines. Les méchants romains ressemblent à des anglais ..
* le 3ème est symbolique : nombreuses plantes à décrypter ; Y= thème du bivium : les deux chemins offrent le choix entre la voie du bien et celle du mal ; le cheval blanc de la Conquête (il préfigure aussi la victoire du "Verbe de Dieu"), le cheval rouge de la Guerre, (le sang versé), le cheval noir de la Famine (mais aussi le Prince Noir), le cheval livide de la Maladie, l’Epidémie et la Mort ; "ve ve ve" c’est le malheur etc. Classée Monument Historique en 1902, la fragile tapisserie de l’Apocalypse est, par sa taille, la technique parfaite de réalisation, son rôle documentaire, sa symbolique, un chef d’œuvre unique de l’art médiéval ; Nous la quittons par des ruelles où émerge parfois une partie des murailles antiques. Belles maisons à colombages, montée vers la cathédrale Saint Maurice, dédiée à ce saint guerrier au VIIIe siècle ; incendies,
saccages et mauvaises restaurations l’ayant malmenée, l’édifice d’aujourd’hui date de 1270, belle œuvre d’évêques cultivés : Normand de Doué puis Guillaume de Beaumont. C’est le premier édifice à présenter le style "Gothique Plantagenêt Angevin", alliance du Roman et du Gothique : la nef romane est couverte de voûtes dites Angevines (très bombées de sorte que la clef de voûte est plus élevée que la clef des arcs doubleaux et formerets), qui ouvrent sur un transept et un chœur gothique. Cette nef unique explique les proportions modestes de la cathédrale et permet de maintenir la tradition de présentation des tapisseries que son trésor conserve encore. Sur la façade à deux tours rectangulaires, la galerie sculptée au XVIe s par Jean Giffard et Antoine Desmarais représente le saint entouré de sept compagnons. Après une très longue restauration du portail et des statues d’ébrasements consacrés à l’Apocalypse, le projet est de le remettre aux couleurs d’origine. Cela nous pousse à continuer vers une autre Apocalypse et un des derniers exemples conservés des grands édifices hospitaliers fondés en France au XIIe s. En 1175, le Sénéchal d’Anjou Etienne de Marsay, répondant au vœu d’Henri II Plantagenêt qui espérait expier le meurtre de Thomas Becket en dotant un Hôtel-Dieu comprenant plus de vingt bâtiments, fit construire l’Hôpital Saint Jean au bord de la Maine. Jusqu’en 1865, date de création d’un nouvel hôpital, pauvres et malades étaient accueillis dans les 360 lits de la vaste salle de 60 m de long et 22,50 m de large, divisée en 3 nefs égales par de hautes et élégantes colonnes à chapiteaux à crochets qui portent, comme en éventail, les retombées des « voûtes angevines » bombées. Les salles de soins, l’apothicairerie, la chapelle (XIIIe), le cloître (1180 avec une aile du XVIe), et les greniers subsistent des lieux immenses d’origine, ainsi que des celliers creusés dans le schiste. Après diverses affectations du lieu, les 347m2 de la tenture Le Chant du Monde de Jean Lurçat acquise par la ville auprès de sa veuve, ont été accrochés dans la grande salle des malades en 1968. Un Musée Jean-Lurçat et de la Tapisserie Contemporaine a ensuite été créé dans l’ancien orphelinat (XVIIe), autour d’un noyau constitué des donations Lurçat, Thomas Gleb et Josep Grau-Garrida. Nous le visiterons une autre fois… Après avoir franchi la galerie appuyée sur le pignon de l’austère bâtiment du XIIe s, en schiste et tuffeau et à larges contreforts plats, nous entrons dans la salle des malades, médusées par les fonds noirs de l’ensemble des dix tapisseries monumentales composant "Le Chant du Monde" de Lurçat. Nous ne sommes pas étonnées d’apprendre que "L’Apocalypse d’Angers" a été un facteur déclenchant pour cette création. Une maquette montre ce qu’est le métier de basse lisse utilisé, très différent de celui de haute lisse de la tenture médiévale ; au XVIIIe s, on passe de la laine à la soie et multiplie les fils de chaîne jusqu’à dix ou douze (Lurçat en utilisera rarement plus de quatre) ; au XIXe, grâce aux recherches du chimiste Chevreul, Directeur des Gobelins, les couleurs sont différentes, 14400 sont disponibles et, en mélangeant les fils pour obtenir un "fondu enchaîné", elles se multiplient encore. On parle de "peinture textile", c’est la déliquescence de l’art textile, on fabrique des toiles peintes…Jean Lurçat (1892-1966), fils d’amateurs d’art, formé chez Victor Prouvé puis à l’Académie Colarossi, de Paris, se destinait à la peinture murale, il est considéré comme le rénovateur de la Tapisserie. En 1917, blessé de guerre, il fait exécuter par sa mère ses premières tapisseries au canevas et en dessine d’autres pendant une carrière très éclectique… En 1932, à la demande de Marie Cuttoli, qui permet aux ateliers d’Aubusson de tisser d’après les tableaux exposés dans sa galerie (Dufy, Rouault, Léger, Braque, Miro, et Picasso) Lurçat crée L’Orage pour ces ateliers, véritable "carton" issu d’une parfaite connaissance du métier médiéval de peintre-lissier : dessin net sans dégradés et peu de tons. Grâce à lui la tapisserie redevient un art, les manufactures nationale des Gobelins et de Beauvais font appel à lui, des amis comme Gromaire et Dubreuil se joignent à ses recherches, qui seront incessantes pendant trente ans. En 1937, après une prise de contact à l’Exposition Internationale des Arts décoratifs et industriels, il part à Aubusson, manufacture créée en 1665, où l’art de la basse lisse était pratiqué depuis longtemps, La Dame à la Licorne, tissée là au XVIe siècle et conservée à Paris au musée de Cluny, en témoigne. C’est une rencontre capitale : le peintre sera remarquablement servi par ses lissiers, la manufacture trouve un nouveau souffle. En juillet 1938 Lurçat découvre par hasard la "nappe sacrée" de l’Apocalypse exposée à Angers, c’est un choc esthétique devant l’œuvre qui habille les pans de murs, son graphisme, sa technique, l’utilisation des couleurs et des tableaux. L’idée germe en lui de répondre à ce cycle, fait pour un monde chrétien en pleine Guerre de Cent Ans, par un cycle symbolique épique et poétique aussi mais pour un monde profane, sur les errements des hommes d’aujourd’hui, avec aussi l’espérance à venir. Dix neuf ans seront nécessaires à la gestation de son Apocalypse de près de 80 m sur 4,40 m, entreprise en 1957 à ses frais, avec les lissiers auxquels il donne son "chapelet de couleurs" (un pour l’atelier, un pour l’artiste) et ses cartons. De toutes les œuvres de cet artiste engagé, "Le Chant du Monde" est la plus personnelle.
"A trop se perdre dans les détails et l’imitation, on perd le chemin de la grandeur, on y perd même son âme et sa conscience." Jean Lurçat dans "Le travail dans la Tapisserie au Moyen Âge" B.F.
Mercredi 19 septembre : D’Angers, nous prenons la direction de Saumur pour visiter l’abbaye royale de Fontevraud. Après avoir été pendant 7 siècles un haut lieu de spiritualité, l’abbaye fut utilisée comme maison de détention de 1804 à 1963, les prisonniers y subissaient de telles conditions de vie que la plupart ne survivaient pas plus de 2 ans ! La population carcérale atteignit 1826 détenus en 1853 puis déclina ensuite. L’intense activité de restauration menée par les Monuments Historiques, puis l’installation d’un centre culturel de rencontres offrent une nouvelle vie à ce vaste ensemble monumental. A l’origine de l’Ordre de Fontevraud, un prêtre réformateur breton, Robert d’Arbrissel, né vers 1045 à Arbrissel (Ille et Vilaine). Après des études de théologie à Paris, il rejoint vers 1088 l’évêque de Rennes pour le seconder dans la reprise en mains du diocèse : c’est l’époque de la réforme grégorienne qui s’attache à redresser l’église en affirmant l’indépendance du clergé et le rôle du Pape, et en exigeant une meilleure instruction des prêtres et l’imposition du célibat. Au décès de l’évêque, Robert quitte Rennes pour vivre en ermite dans la forêt, rapidement rejoint par une troupe hétéroclite d’hommes et de femmes de toutes conditions, situation qui inquiète les autorités ecclésiastiques, qui somment Robert, en 1100, de stabiliser ses disciples. Peu après, l’implantation en communauté se fait à Fontevraud, les travaux de construction débutent en 1104. En 1115, un an avant sa mort, Robert nomme Pétronille de Chemillé première abbesse en charge de l’ordre, avec l’assentiment des moines qui, pendant des siècles, seront assujettis aux moniales ! Nous nous arrêtons d’abord devant la cuisine romane qui date du XIIe siècle, édifice construit en tuffeau et flanqué de 8 absidioles. Le décor en écailles des toitures, très original, a une utilité : l’eau de pluie est ralentie, elle glisse autour des écailles qui servent en quelque sorte de gouttières. En raison de travaux de restauration, nous ne pouvons visiter l’intérieur et pénétrons dans le vaste réfectoire à l’élégance gothique, où pouvaient manger 300 moniales, en silence bien sûr ; pendant les repas elles écoutaient les lectures faites par l’une d’entre elles du haut de la chaire. Puis nous découvrons le cloître, vaste espace à l’origine de style roman restauré fin du 15è s dans le style Renaissance par Renée de Bourbon, première de cinq abbesses issues de la famille royale. Louise de Bourbon poursuivit l’œuvre de sa tante et aménagea la salle capitulaire, dont les voûtes d’ogives retombent sur deux fines colonnes centrales et des murs où le peintre angevin Thomas Pot réalisa des peintures de la Passion du Christ, dont une grande scène de la Crucifixion. Le rôle de cette salle était essentiel dans la vie des moniales qui y écoutaient la lecture d’un ou plusieurs chapitres de la Règle, y faisaient aveu des fautes commises (punitions et châtiments corporels pouvaient être infligés par l’abbesse), donnaient leur avis sur le règlement de problèmes ordinaires. Le pavement noir et blanc datant des transformations réalisées en 1866 par le directeur de la prison, Joseph Christaud. L’église abbatiale est un édifice imposant de 90 m de long ; la construction du chœur débuta sans doute en 1105 ; de plan classique à déambulatoire et décor sculpté marqué par la sobriété, il est baigné de lumière par les hautes fenêtres du déambulatoire et les ouvertures supérieures. L’impression d’élancement présente dans le chœur disparaît dans l’imposante nef romane, construite sous la 1ère abbesse Pétronille de Chemillé. On y trouve les gisants d’Henri II, d’Aliénor d’Aquitaine, de leur fils Richard Cœur de Lion et d’Isabelle d’Angoulême, épouse de Jean sans terre et mère du roi Henri III. La reine Aliénor, qui fit toujours preuve de générosité envers l’Ordre, se retira à Fontevraud et y mourut en 1204.
Le château de Brézé
Bâti entre les XIe et XIXe s, il a appartenu à la puissante famille des Brézé, Maillé Brézé puis Dreux Brézé, avant d’être transmis par mariage à la famille Colbert. Ce domaine, propriété aujourd’hui du comte Jean de Colbert, révèle une configuration défensive extraordinaire : sa singularité réside dans l’insolite réseau de cavités et tunnels creusés dans le tuffeau pour abriter et protéger hommes, animaux, cuisines, celliers, puits etc. Ces refuges souterrains auraient été creusés dès les années 800 pour se protéger des invasions vikings et sarrasines ou des intempéries. Nous découvrons des salles aux plafonds bas qui servaient d’étables ou de lieux de stockage pour les denrées alimentaires. Situé au centre du souterrain-refuge le puits de lumière, aujourd’hui recouvert d’une voûte, était à ciel ouvert et entouré de parois En cas d’attaque, les ennemis ne pouvaient pénétrer que par deux petites ouvertures étroites et basses ne permettant le passage qu’à un seul homme à la fois. Des portes et des barres de bois empêchaient l’assaillant d’aller plus loin. Nous sortons au fond des douves sèches qui entourent le château et sont, avec parfois 18 m de profondeur, les plus imposantes d’Europe. Autrefois, un pont-levis basculant en bois, protégé à l’intérieur par une grille en métal, puis une porte en bois et une 2ème grille, empêchaient tout assaillant de pénétrer dans le refuge souterrain. Nous visitons, de l’autre côté des douves, les celliers et les chais creusés dans la roche ainsi que les cuisines, souvent séparées des bâtiments principaux et des logements du maître pour éviter les risques d’incendie. Elles possèdent encore l’équipement des cuisines seigneuriales : un évier, une cheminée à deux grands fours et un petit pour les sucreries, un potager ou réchaud à braises, un blutoir (coffre en bois contenant un mécanisme pour séparer le son de la farine) et une niche creusée en hauteur pour le couchage d’un aide ….
Visite à Saumur des caves Bouvet Ladubay, creusées dans la roche.
En 1851 Etienne Bouvet crée la maison Bouvet Ladubay. A la fin du XXe s, il devient le premier producteur mondial de vins pétillants de Loire avec 6 millions de bouteilles vendues par an. 60% sont exportées en Allemagne et aux Etats- Unis. La maison Bouvet travaille avec des producteurs locaux, dont Gérard Depardieu, qui lui vendent leur jus de raisin. Avant de remplir les grandes cuves en inox de 25 000 litres chacune les cépages sont séparés : Chardonnay, Cabernet franc et Chemin Blanc, le cépage majoritaire. Le jus macère et fermente pendant l’hiver, les différents cépages sont assemblés au printemps. Avant la mise en bouteilles, on ajoute de la levure et du sucre blanc pour obtenir, par une nouvelle fermentation, le caractère pétillant du vin. Les bouteilles sont capsulées et reposent pendant un an car les bulles s’affinent avec le temps. Après la première fermentation, on peut aussi laisser le vin dans des fûts de chêne pour obtenir des vins plus complexes, l’ajout de sucre et de levure et la mise en bouteilles se font ensuite. Dernière étape délicate : il faut enlever le dépôt qui s’est formé dans la bouteille. On utilise maintenant des caisses « turnover » où les bouteilles effectuent une rotation qui permet de faire glisser les dépôts dans leur col. L’immersion du goulot pendant 8 minutes dans un bain à -25°C forme un glaçon qui emprisonne le dépôt, éjecté aussitôt lors de l’ouverture de la bouteille. Ce "dégorgement" est suivi aussitôt du rebouchage. A l’issue de cette visite instructive, nous avons le plaisir de déguster divers vins pétillants !
Jeudi 20 septembre  :
Le château de Serrant
On sait peu de choses sur ce bâtiment au Moyen-Age, avant l’acquisition du domaine par les Brie au XIVe s, après le mariage de Jean avec Françoise de Serrant. Au XVIe s, Charles de Brie confie à Jean Delespine, architecte célèbre de la 1ère renaissance angevine, la construction d’un nouveau château, palais à l’italienne comme l’attestent le bel escalier intérieur de pierre (à double volée, plafonds à caissons, blasons et fleurs sculptées) et les 7m 40 de hauteur sous plafonds de l’étage noble. Vendu après la ruine de Charles de Brie, le château renaît par la famille de Bautru, qui continue les travaux. Au XVIIIe s la dernière des Bautru cède le domaine à une famille irlandaise, les Walsh, dont on peut voir les armes sur la grille d’honneur : un cygne au cœur percé d’une flèche, symbole des Irlandais en exil. La propriété n’a pas souffert de la Révolution française. Au XIXe s, Valentine de Walsh Serrant, épouse le duc de la Tremoille dont la devise "jamais hors de l’ornière", c’est-à-dire jamais hors du droit chemin, surmonte l’entrée principale. De grandes transformations sont entreprises. Les descendants du duc de la Tremoille continuent d’entretenir le château aujourd’hui. Nous parcourons les différentes salles richement meublées. Dans la chambre du prince de Tarente au lit à baldaquin rouge, deux belles armoires encoignures d’époque Régence offrent un beau placage en bois de violette, essence exotique qui tient son nom de sa couleur : quand il vient d’être coupé ses veines prennent une couleur violacée s’estompant avec le temps. Dans la chambre Empire, aménagée pour le passage de Napoléon au château en 1808 (il n’ y coucha même pas !), nous admirons le plafond en voûte à caissons, le portrait d’Adèle Duchâtel à la harpe, maîtresse de Napoléon et camériste de Joséphine, le portrait de Louise de Vaudreuil comtesse Walsh, dame d’honneur de Joséphine, dont la fille Valentine reçut en cadeau de baptême, par sa marraine l’Impératrice, un service en porcelaine de Sèvres posé sur une des commode. Dans la salle à manger, sur une grande table Empire en acajou de Jacob, flambeaux et surtout de table du grand bronzier Pierre-Philippe Thomire. Le grand salon de 170m2 est la plus grande salle du château. Deux pièces maîtresses retiennent notre attention : les magnifiques tapisseries de Bruxelles du XVIe s, "Pugnae Farrarum", représentent des combats d’animaux fantastiques au milieu d’une végétation luxuriante, et un splendide cabinet d’ébène réalisé vers 1645 par Pierre Gole, d’origine hollandaise, une merveilleuse œuvre d’art ! Un décor richement sculpté recouvre le meuble et conte les malheurs d’Ariane, deux rangées de cinq tiroirs encadrent les deux vantaux qui découvrent, en s’ouvrant, des colonnes d’ivoire teintées à la cochenille, une grotte et un sol en damier d’ivoire ; des tiroirs secrets nous sont dévoilés. La bibliothèque contient 12 000 ouvrages, le plus ancien date de 1356 et les plus récents des années 30 ; elle témoigne des centres d’intérêt des familles Bautru, Walsh et La Tremoille. Parmi les ouvrages les plus précieux, retenons la première édition complète de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751, 35 volumes), les fables de La Fontaine illustrées par Oudry (1755, 4 volumes) et le document le plus ancien, La Bulla Aurea Caroli IV, écrit en 1356 à Nuremberg. Dans la chambre de la duchesse de la Tremoille, une très belle tapisserie de Berlin, du XVIIIe s représente une scène bien réelle de la vie d’un mandarin de haut rang : la cérémonie du thé. L’ensemble est lumineux, sa découpe en plusieurs plans donne une grande profondeur de champ à la composition. Commandée par le roi de Prusse Frédéric II, il l’offrit à Louis XV. Nous terminons par la cuisine aux nombreux ustensiles de cuivre, modernisée au XIXe s, dont la belle voûte sur croisées d’ogives, la cheminée monumentale et le sol en granit datent de la Renaissance. Après un délicieux déjeuner dans l’orangerie et la visite de la très haute chapelle dessinée par Jules Hardouin Mansart pour abriter le mausolée commandé au grand sculpteur Coysevox par Marguerite de Bautru, à la gloire de son époux tué à la bataille d’Altenheim, et un haut relief polychrome de 1430 représentant la famille de la Tremoille agenouillée sous le Trône de Grâce.
Nous nous séparons là, nous promettant d’organiser une autre rencontre interclubs de ce type, pendant laquelle toute notre amitié lycéenne pourra s’exprimer une nouvelle fois. M.S.