Fédération Française du Lyceum Club International

Fédération Française du Lyceum Club International

Accueil > Clubs > BORDEAUX > Visite de Pessac, le 30 Mars 2017
Version imprimable de cet article

Visite de Pessac, le 30 Mars 2017

Date : 26 avril 2017

L’architecture : La cité Frugès et le quartier du Casino.

Alors que le printemps nous offrait une belle matinée fraiche et lumineuse, nous nous sommes retrouvées à Pessac pour découvrir la cité Frugès , inscrite depuis juillet 2016 au Patrimoine mondiale de l’Unesco.

Qui était Monsieur Henry Frugès ? Né en 1879, dans une riche famille d’industriels bordelais il commande dès 1916, à l’architecte P. Perret un hôtel particulier moderne, dit l’hôtel Frugès, à Bordeaux qui tranche des poncifs esthétiques de l’architecture bordelaise, comme nous avons pu le découvrir, il y a quelques semaines.
C’est un homme curieux de tout. Pierre Perret lui fait connaitre la revue l’Esprit Nouveau fondée en 1920 par Le Corbusier et le peintre Amédée Ozenfant, illustrée d’usines et de silo à grains. Alors que Henry Frugès cherche à fixer les ouvriers de sa raffinerie de sucre et de la scierie familiale de la Cote d’Argent en leur proposant un logement confortable, il décide de faire appel à Le Corbusier en 1923. Il admire la modernité de l’architecte qui construira tout d’abord 6 maisons à Lège, près de la scierie.
A Pessac, le projet est plus ambitieux par son ampleur puisque la construction de 150 maisons est prévue. L’architecte Le Corbusier aura ici l’occasion de mettre en œuvre ses théories sur le logement populaire. Henry Frugès veut proposer afin de résoudre la crise du logement, une maison au confort moderne, claire, avec jardinet et garage, ce qui pour l’époque est visionnaire.

Au fil de la promenade, nous découvrons différents types de maisons dont certaines ont été réhabilitées avec grand soin : des logements individuels en quinconces, des logements en arcade, les gratte-ciel accolés par deux, les maisons au toit en terrasse. Les fenêtres identiques disposées en bandeaux, ouvrent largement sur l’extérieur afin de répondre aux revendications hygiénistes de Le Corbusier ; Surprenant aussi pour l’époque, les couleurs vives utilisées sur les façades rendant ce quartier lumineux.

Cependant le succès ne sera pas au rendez-vous car ces maisons qui n’auront l’eau courante qu’en 1929, ne se vendent pas bien. Le modernisme n’est pas encore rentré dans les mœurs.
Aujourd’hui, nous savons que le Corbusier et Frugès qui lui fit confiance étaient en avance sur leur temps. Charles-Edouard Jeannerey-Gris dit le Corbusier était né dans la cité horlogère de la Chaux de Fond en 1887, il écrit en 1927 « cinq points pour une architecture moderne ». Il influencera toute l’architecture du XXème siècle, 17 de ses bâtiments ont été classés par l’Unesco à travers le monde.

Pessac « le quartier du Casino » où nous allons découvrir un ensemble atypique de 16 demeures construites à la fin du XIX siècle dont l’architecture rappelle la ville d’hiver d’Arcachon. Grace à notre guide, formidable conteuse, nous remontons le temps puisqu’elle vécut en 1900… y rencontra un jeune et fringant bordelais à moustache Eugène, venu danser à l’Elysée, guinguette la plus célèbre construite en 1859.
Pessac, depuis la moitié du XIX ème siècle était considéré comme le bourg « le plus vivant et gai des environs ». La proximité de Bordeaux n’y était pas pour rien : nombre de guinguettes et l’air pur aux émanations balsamiques attiraient beaucoup de monde qui arrivait par le train ou le tramway depuis Bordeaux.

C’est Jean-Baptiste Pommez qui entreprend la construction des villas, du Casino, d’un café- restaurant qui devient un lieu de divertissements fréquenté par les Bordelais et les Pessacais. Bals, concerts, pièces de théâtre, jeux dont certains prohibés se succèdent au « Casino du Nouveau Square » jusqu’en 1903.
Un seul architecte : Hector Loubatié, un seul entrepreneur : Charles Perriez pour ces villas alignées d’une manière symétrique le long de trois allées bordées de marronniers, leurs jardins sont plantés d’arbres aux essences variées donnant un grand charme à l’ensemble.
Les balcons, vérandas et tourelles, céramiques décoratives, fer forgé sont la marque de cette époque. L’entreprenant Pommez, assisté de Loubatié son ingénieux architecte offrirent sans doute un rêve aux acquéreurs, celui d’un Pessac tournée vers les plaisirs de la société de l’époque.

Peu d’années s’écouleront entre la construction des villas autour des années 1900 pour une clientèle bourgeoise et l’édification des maisons Frugès en 1925, conçue pour être une cité ouvrière.

Notre visite sous le soleil printanier se terminait ainsi par la découverte d’une réalisation atypique où le charme du quartier du Casino succédait à la modernité de la Cité Frugès.