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YVES SAINT LAURENT, LE MUSEE IMAGINAIRE

Date : 30 janvier 2017

YVES SAINT LAURENT OU LE MUSEE IMAGINAIRE par Antony Cardoso
Le 17 janvier 2017
Ce titre de « Musée imaginaire » reprend un titre de Malraux…
Yves Saint Laurent, de son vrai nom Yves-Henri Donat Mathieu Saint Laurent, est né en 1936 à Oran.
Il a eu très jeune la prémonition de son extraordinaire destin car à dix ans déjà il annonçait lors d’un dîner familial qu’il aurait un jour son nom en lettres de feu sur les Champs –Elysées.
En 1953, à 17 ans, il envoie ses dessins à Michel de Brunhoff, le directeur de Vogue.
Il participe ensuite au concours de secrétariat de la laine et obtient le premier prix. A 19 ans il devient l’assistant de Christian Dior, avant de lui succéder à 21 ans, en 1957, à la mort brutale de ce dernier.
En 1961 il crée sa propre maison de couture car il a été renvoyé de chez Dior après avoir refusé de faire la guerre en Algérie. Il a rencontré Pierre Bergé et leurs talents se conjuguent à merveille. Pierre Bergé a eu le premier l’idée de garder tous les vêtements créés par Saint Laurent depuis ses débuts.YSL crée le smoking en 1962 et la saharienne. Son personnage historique préféré était Coco Chanel . Bergé disait que Chanel avait libéré les femmes et que Saint Laurent leur avait donné le pouvoir.
En 2002, Saint Laurent fait ses adieux à la haute couture. L’hôtel particulier de l’avenue Marceau va devenir un musée. Pierre Bergé fait construire en même temps un musée à Marrakech à côté du Jardin Majorelle.
Ses créations
Il est inspiré par la peinture et en automne-hiver 1965, sa collection comporte des robes Mondrian et Poliakoff. A l’époque, Mondrian était très peu connu. Saint Laurent disait de lui « Mondrian, c’est la pureté ».Avec cette robe, il fait la « une » de Vogue et même la poupée Barbie en est vêtue ! C’est le vêtement du vingtième siècle qui a fait le plus de « une » de magazines dans le monde.
En 1978, Saint Laurent achète son premier tableau de Mondrian et il en aura trois. Il disait à son propos « Je m’enlisais dans la couture traditionnelle, Courrèges m’en a sorti ».
Il y a deux périodes dans les hommages que Saint Laurent fait aux peintres : les années 60 et les années 80-90.Ces robes Mondrian ont même inspiré un sculpteur en plexiglas ! Quant à Poliakoff, il est arrivé à Paris après la guerre, il fait partie de l’Ecole de Paris.
En 1966, c’est le Pop Art qui est né en Angleterre en 62, mais est inconnu en France. C’est Andy Warhol le « pape » du Pop Art. A cette époque, Saint Laurent découvre Marrakech avec Bergé et ils achètent une maison avant de repartir. Ils y séjourneront chaque année en janvier.
Plus tard, il s’inspirera de Matisse, Picasso et Braque. Les couleurs de ses robes sont toujours très vives, avec des motifs cœur, bouche, visage…
Il rencontre donc A.Warhol en 66, ils vont devenir très proches et en 1972 il accepte de faire son portrait.
En 1970, il crée son modèle de carte de vœux marqué d’un « Love » suivi de l’année.
En 1967, c’est son premier voyage exotique en Afrique. Il s’inspirera alors de l’art africain, avec des robes et des manteaux en raphia et perles de bois. En 1967, Twiggy porte sa robe brodée en perles de bois.
Il a toute une bande de copains, parmi lesquels Warhol, Mick Jagger et Noureev.
Saint Laurent était un vrai couturier qui savait manier les rouleaux de tissu et les draper sur un modèle…et pas seulement effectuer quelques dessins comme certains stylistes aujourd’hui.
Il va habiller beaucoup d’actrices et de chanteuses. Il n’a pas eu beaucoup d’éducation à l’art mais il va s’y intéresser rapidement, par exemple avec son oiseau Sénoufo de Côte d’Ivoire. Il acquiert aussi « Madame L.R »de Constantin Brancusi qui rejoint son salon ; c’était son petit musée où l’on trouvait des Léger, des Picasso, des Matisse…
En 1969, il sympathise avec Claude Lalanne et lui commande des moulages en cuivre galvanisé ; il assemblera ces bustiers et ceintures à ses robes. Elle lui crée aussi des bijoux. Son mari, François-Xavier, lui crée des meubles, et notamment des moutons-tabourets. Il lui commande aussi le « bar YSL »qui sera racheté après la mort de Saint Laurent par Fendi. Saint Laurent lui commande aussi 15 miroirs en branchages et nénuphars en bronze et cuivre pour son salon de musique. Ces pièces sont créées à la main et la création a demandé 15 ans !
En 1970 : Sa collection « Love » est inspirée de la mode des années 40 et très pop en même temps.Il s’inspire aussi de Braque avec ses oiseaux stylisés.
En 1971, ses collections inspirées de l’Occupation feront scandale.
En 1976 :c’est « Opéra et ballets russes ».Cette collection fera grand bruit et il fera 1000 dessins ! C’était pour lui une époque très euphorique (car il consommait beaucoup de substances… euphorisantes).Il crée une œuvre de plus en plus colorée et riche.
1979 : »Hommage à Picasso et Diaghilev ». C’est là que l’on trouve les motifs d’Arlequin. Il rencontre Paloma Picasso. A trois reprises, il a fait des vêtements d’enfants qui en général accompagnaient la mariée. On retrouve le motif Arlequin plusieurs fois dans ses collections, notamment en 1988 et en 2001.
En 2001 c’était son avant-dernière collection et il y a un hommage à ses propres collections passées.
En 1980, on retrouve Picasso, avec par exemple la référence à la guitare. Il s’achète une toile de Picasso : « Picasso, ça éclate de vie et de franchise », dit-il.
Sa collection est un hommage à Apollinaire, Cocteau et Aragon. Pierre Bergé a été l’exécuteur testamentaire de Cocteau ; c’est lui le propriétaire de la maison de Milly-la-Forêt. Dans son hommage à Aragon, il reprend le thème des yeux d’Elsa. Saint Laurent avait fait les costumes des pièces de Cocteau « L’Aigle à deux têtes » et « Les parents terribles ».Il s’intéresse aussi à la période des feuilles colorées et découpées de Matisse.
1981 : « Matisse et Léger ».On y voit notamment « La blouse roumaine » du tableau de Matisse. Saint Laurent la reprendra encore en 1997.On retrouve aussi l’inspiration d’un tableau de Matisse sur Isabelle Adjani venant recevoir son premier César… C’est vraiment un « copié-collé ».Il s’achète un Matisse : « Les coucous », motif que l’on retrouvera dans sa collection l’année suivante. On peut aussi voir les papiers découpés de Matisse dans ses cartes de vœux. Quant à Fernand Léger, il est encore plus moderne.
1988 : Hommage au cubisme, avec beaucoup de broderies. On trouve aussi des partitions brodées qui se décollent sur les côtés de la veste ; c’est la Maison Lesage qui a fait toutes les broderies. C’est l’année des « capes aux oiseaux » à la manière de Braque. Loulou de la Falaise aussi créera des bijoux inspirés de ces oiseaux portés notamment par Catherine Deneuve. On trouve aussi des oiseaux non pas brodés mais en grands motifs appliqués sur les robes. Cette année là, Carla Bruni porte la robe de mariée aux oiseaux « de Braque ».La collection de 88 se termine par l’hommage à Van Gogh, avec les tournesols sur une veste (700 heures de travail de broderie !) et les iris sur une autre. On y voit aussi un hommage à Bonnard avec les vestes brodées des « Raisins ».
1992 : Hommage à Matisse et au Maroc. Pour certains modèles, il s’inspire de tous les tissus figurant dans un tableau. C’est une vision du jardin d’Eden. En 1980, il avait acheté le Jardin Majorelle et ce jardin l’a inspiré dans cette collection. On admire notamment une cape entièrement brodée de bougainvillées.
En 2002, il décide de convier la Presse le 7 janvier pour annoncer son départ ; il souffre trop de l’industrialisation, et la Maison avait déjà été rachetée par Pinault. C’est un défilé rétrospectif au Centre Pompidou. Lui qui imaginait, tout enfant, son nom en lettres d’or sur les Champs Elysées, les a eus effectivement en néon sur le Centre Pompidou ! Il résumait ainsi 40 ans de carrière avec 400 modèles !
Dans un reportage fait à Marrakech, Catherine Deneuve portait quatre de ses tenues emblématiques dont la cape aux oiseaux.
Dans son discours d’adieu, Saint Laurent déclarait que « Tout homme a besoin pour vivre de fantômes esthétiques »… ; il a également conclu : « Mon propos n’a pas été de me mesurer aux Maîtres, tout au plus de les approcher et de tirer les leçons de leur génie. »