Matinée consacrée à la visite de l’exposition “Du Greco à Dali” regroupant, au musée Jacquemart-André, la partie espagnole de la très grande collection d’œuvres d’art de Juan Antonio Pérez Simon, homme d’affaires hispano mexicain. En présentant dans des salles thématiques des œuvres du XVI e siècle à la période contemporaine, Véronique Gerard Powell et Nicolas Sainte Fare Garnot on voulu montrer les liens qui les unissent.

Les monarques Habsbourg, collectionneurs férus d’art italien et flamand, puis Bourbon, leurs contemporains, et les générations suivantes, se sont fait portraiturer par des espagnols inspirés par ces collections et chantres de la Contre Réforme (Le Greco, Ribera, Murillo, Alonso Miguel de Tovar) mais traduisant sur toile goût de la réalité (Goya) et sens de l’anecdote. Avec l’Histoire, l’identité nationale s’est affirmée, vantant les richesses de sa civilisation : feria (Hermen Anglada Camarasa), corrida (Juan Pantoja de la Cruz), costumes régionaux (Joaquin Sorolla).

L’art espagnol goûte les sujets intimes ou populaires (Ignacio Zuloaga, Regoyos), la vie de famille (Manuel Barron y Carrillo), les jeux (Antonio Maria Esquivel, Federico Godoy y Castro), l’activité sur les plages (Sorolla,) , les femmes (Goya, Bayeu, Madrazo, Romero de Torres), le nu (Laureano Barrau Bunol, Picasso), la poésie (Joan Miro, Dali), la nature morte (Juan Gris, Picasso). La lumière et la couleur sont les maître mots de ces artistes espagnols nombreux à venir à Paris au XIX e ; après le passage à la “modernité”, les plus grands vont révolutionner l’art occidental (Picasso, Gris, Miro, Dali), et aboutir à l’abstraction (Antoni Tapies).

Après 28 marches fleuries, et les portes de bronze du baron de Triqueti, l’église de la Madeleine nous accueille dans sa fraîcheur.
Projetée sous Louis XV par Jacques-Ange Gabriel sur une idée de Mme de Pompadour, pour valoriser la nouvelle place Royale face à l’Hôtel de Bourbon, elle devait remplacer le sanctuaire du XII e siècle devenu trop petit car le quartier de la Ville l’Evêque, annexé par Paris, se couvrait d’hôtels particuliers depuis la destruction des murailles de Charles V.

Première pierre posée le 13 avril 1764, elle fut consacrée en 1842. Quatre architectes s’y consacrèrent : Pierre Contant d’Ivry, Guillaume Couture, Pierre Vignon et Jean-Jacques-Marie Huvé. Le style évolua du classicisme au néoclassicisme, l’affectation aussi : après 1789, sur la base de 4 m, on pensa élever Bourse de Commerce, Bibliothèque, Opéra ou Tribunal. En 1806 Napoléon lança un concours pour l’édification du Temple de la Gloire “décerné à son armée victorieuse sous ses ordres, et par son génie”, choisit Vignon au projet de temple antique et périptère, à colonnades aux chapiteaux corinthiens et coupoles, inspiré par les thermes de Dioclétien, et avec pronaos à 2 travées comme au Panthéon de Rome. En 1811, après les revers de la Grande Armée, elle redevint église, tout fut à revoir. En 1814, Louis XVIII voulut un monument expiatoire des crimes de la Terreur, élevé en l’honneur de Louis XVI, Marie-Antoinette, Madame Elisabeth et Louis XVII (La Chapelle Expiatoire, square des Mathurins fut entreprise par Fontaine en 1815). Vignon mourut épuisé, ruiné, en 1828, enterré sous le péristyle de l’église bâtie jusqu’à l’entablement. Après 1830 Louis Philippe opta, avec Huvé, pour un temple à la Réconciliation; Thiers hâta l’achèvement du coûteux chantier et la presse d’art s’en mêla lors de “l’affaire” des 250 m 2 du cul de four de l’abside, opposant Delaroche, peintre mondain très lancé, et Ziegler, élève d’Ingres, proche du ministre et familier d’écrivains célèbres. Sur ce Triomphe du Christianisme , Marie Madeleine, agenouillée au pied d’un Christ au geste d’apaisement, surmonte l’Histoire du christianisme, où Croisades et Concordat entre Pie VII et Napoléon sont en bonne place. Une mosaïque, suite de premiers chrétiens, souligne la courbure de l’abside, l’autel porte une sculpture en marbre de Carrare de Marochetti : Le Ravissement de Marie-Madeleine .

Le chantier employa Schnetz, Bra, Coignet, Duret, Abel de Pujol et Signol pour les lunettes peintes d’épisodes de la vie de la pécheresse, et 50 sculpteurs, dont Rude, Triqueti, Pradier, Feuchère, Gechter, Antonin Moine et Etex, pour les nombreuses sculptures, chapiteaux corinthiens et frises, intérieures et extérieures. Saint-Saëns et Gabriel Fauré furent titulaires de l’orgue d’Aristide Cavaillé-Coll (1846).

Dernier coup d’œil à la Madeleine repentante du fronton d’Henri Lemaire (1828/31), et départ vers la gare que les Pereire voulaient voir aboutir à la Madeleine en 1837, quais rue Tronchet, mais on lui préféra une gare provisoire en bois place de l’Europe sur les jardins Tivoli, puis la gare construite à l’emplacement de la rue portant depuis 1770 le nom de l’ancienne léproserie St Lazare (située rue du Fbg St Denis, devenue “prison des fils de famille” au XVII e , “prison révolutionnaire” en 1793 quand les lazaristes furent chassés de leurs biens, puis prison de femmes jusqu’en 1927) .