Le contexte historique

L’entente cordiale France-Angleterre s’étendit à la Russie, qui prit sous sa protection la Serbie indépendante. En face, la triple alliance rassemblait l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie. Depuis la perte de l’Alsace-Lorraine le conflit couvait et l’assassinat de François Ferdinand, héritier des Habsbourg d’Autriche-Hongrie, le 28 juin 1914 à Sarajevo par un terroriste Serbe, en fut le déclencheur : l’Autriche accusa la Serbie ; la Russie mobilisa ses troupes pour aider la Serbie ; l’ultimatum lancé par l’Allemagne à la Russie fut rejeté ; l’Autriche déclara la guerre à la Russie ; la France déclara la mobilisation générale. L’Allemagne demanda à traverser la Belgique, neutre, qui refusa. L’Angleterre demanda à l’Allemagne de renoncer à envahir la Belgique, elle refusa, déclara la guerre à la France (sous le prétexte d’un survol de villes allemandes et de bombes lâchées), envahit la Belgique. L’Angleterre déclara la guerre à l’Allemagne. La France déclara la guerre à l’Autriche-Hongrie.
Les troupes françaises étant concentrées dans l’Est dans l’hypothèse d’un respect par l’Allemagne de la neutralité belge, les allemands progressèrent facilement par le nord et rapidement vers Paris ; ils furent stoppés en septembre par la contre offensive de la Marne. Les Allemands mirent en place une structure d’occupation et proclamèrent des réquisitions pour leur ravitaillement. Des réfugiés arrivent de Belgique en Normandie et en Bretagne.
Des Flandres jusqu’aux Vosges, le front franco-allemand se stabilisa pendant des mois dans les tranchées et boyaux, dans des conditions très dures ; les millions d’obus échangés, rendirent les terres inexploitables encore aujourd’hui (zône rouge).
Une femme
Une riche américaine fille de banquier, Anne Morgan, créa le Comité Américain pour les Régions Dévastées (CARD) ; elle débarqua au château de Blérancourt près de Soissons avec 150 jeunes femmes et des véhicules, pour venir en aide aux populations civiles.
Les carnets du docteur Henri Marsset, et le parcours d’évacuation des soldats blessés
Les notes du père de notre conférencier, responsable d’un poste de secours sur la ligne de front, ont permis de reconstituer sur une carte IGN l’itinéraire de son unité, en particulier durant la bataille de Verdun, entre Dugny et Fleury sous Douaumont, …24 heures sans dormir ni manger. Il y décrit comment, le 19 XII 1916, son poste de secours (à coupole en béton) reçut une dizaine d’obus qui firent “sauter” le pare-éclats constitué de volumineux sacs de terre qui en obturaient l’entrée. Son collègue, le Dr de Lorgeril, épuisé, dormit 30 heures consécutives …
Le ramassage des blessés avait lieu de préférence la nuit, brancardés jusqu’au poste de secours pour un parage minimum : nettoyage, pose d’attelles, morphine parfois, puis jusqu’à “l’ambulance”, local-infirmerie improvisé à quelques kms du front, disposant de trop peu de matériel car on n’avait pas anticipé le grand nombre de blessés par éclats d’obus souillés de terre, plus propices à l’infection et à la gangrène gazeuse que les blessures par balles. Une section sanitaire hippomobile les menait ensuite jusqu’à l’hôpital d’évacuation, lieu de tri et d’orientation par train sanitaire vers un des 5 000 hôpitaux d’accueil répartis dans 3500 communes. Ce parcours, de 3 à 4 jours, ne laissait aucune chance en cas d’hémorragie grave ou de gangrène. Sur 1 million de blessés recensés les 5 premiers mois, 20 000 décédèrent. De 50 en 1914, le nombre de trains sanitaires passa à 118 en 1918.
Les invalides étaient reçus ensuite dans des structures de rééducation, comme à Douvres la Délivrande où on leur apprenait un nouveau métier, cordonnier, vannier, ou bourrelier, par exemple.
Les femmes
68 000 femmes, “les anges blancs”, se sont mobilisées dans les organismes de secours aux blessés : Union des Femmes de France, Association des Dames Françaises, Société Française de Secours aux Blessés Militaires, Croix Rouge Américaine.
Maurice Marcille, chirurgien des hôpitaux de Paris convaincu de la nécessité de soigner au plus vite certaines plaies de guerre, obtint de sa riche amie Anne de Mortemart, duchesse d’Uzes, sculpteur sous le pseudonyme de Manuela, future fondatrice du LYCEUM de Paris et passionnée d’automobiles comme lui, qu’elle crée un centre de soins mobile, constitué de 3 à 4 camions transportant 4 équipes chirurgicales, 4 tables d’opération et du matériel de radiologie ; cette structure “autochirugicale”, permettait d’opérer jusqu’à 60 blessés par jour au plus près des sites juste attaqués. Marie Curie participa à la conception de ce véhicule radiologique qu’elle conduisit elle-même jusqu’au front ; elle forma des aides radiologistes, dont sa fille Irène était monitrice.
Portraits de femmes d’exception qui se sont illustrées durant cette guerre
Dans sa propre maison, Émilienne MOREAU qui créa un poste de secours pour blessés anglais, n’hésita pas à utiliser grenades et pistolet ; elle tua un allemand en tirant à travers une porte. Secrétaire générale des femmes socialistes après le conflit, elle devint Jeanne Poirier dans le réseau Brutus durant la 2ème guerre mondiale.
Jeanne MACHEREZ, était infirmière en chef de l’hôpital de Soissons. Face aux allemands qui avaient pris des otages et réclamaient le maire, elle déclara l’être, obtient un laisser-passer et protégea du mieux qu’elle put les habitants de sa ville.
Germaine SELLIER, infirmière à ses côtés, devint présidente de l’Union Féminine pour la Société des Nations puis présida la section Paix du Conseil National des Femmes Françaises
Édith WHARTON, intellectuelle américaine, romancière et poète fréquentant Cocteau, Gide, Roosevelt, s’installa à Paris lors de la déclaration de guerre, pour s’efforcer d’être utile. Fondant l’Américan Hostel of Refugies, comité de sauvegarde des enfants de la Flandre, elle ouvrit des ateliers rémunérant des femmes nécessiteuses.
Édith CAVEL, fille d’un pasteur anglais, institutrice et infirmière en chef près du Dr Depage, cacha des soldats britanniques cherchant à fuir, leur trouvant des réseaux d’évasion. Son amie, l’épouse du médecin belge, partit récolter des fonds aux USA et périt lors du torpillage du Lusitania par les allemands. Suite à l’infiltration de 2 soldats “français” soi disant “en fuite” dont l’un était en réalité un espion allemand, Edith fut arrêtée puis exécutée.
Nicole GIRARD-MANGIN fut la première femme médecin militaire, nommée par erreur sous le nom de Gérard MANGIN. Gardée à cause du manque de chirurgiens, elle pratiqua ses opérations sous la tente, à Verdun puis dans la Somme.
Élisabeth de BELGIQUE, apparentée à la cour d’Autriche par sa tante Sissi, épouse de l’Empereur François Joseph, disposait d’un réseau influent. Elle tenta en vain d’organiser en Suisse des négociations en faveur de la paix.
Louise de BÉTIGNIES formée à Valenciennes et en Angleterre, préceptrice à Milan (Visconti), en Bohême (Schwarzenberg), en Bavière, parlait français, anglais, italien, et allemand. Infirmière en 1914, elle écrivit les lettres des blessés allemands ; elle revient à Lille et parvient à rejoindre sa famille, près de St Omer, après un long périple par la Belgique, la Hollande, et l’Angleterre. Proposant au commandant général des forces anglaises en France de travailler pour eux, elle fut d’abord soupçonnée d’être une espionne car elle portait 300 lettres de français restés en zone occupée. Formée à Londres et chef du réseau anglais Ramble, elle fut arrêtée près de Lille et mourut en internement.
Les femmes ordinaires furent exceptionnelles elles aussi. Elles continuèrent à faire vivre l’économie française, remplaçant les hommes pour tous les travaux industriels et agricoles, alors que chevaux et bœufs étaient réquisitionnés. Elles devinrent boucher, conductrices de trams, ou “munitionnettes”, approvisionnant au plus vite le front car 50 000 à 100 000 obus étaient tirés chaque jour et les usines, comme celle du matériel agricole SIMON à Cherbourg, étaient reconverties en fabriques de munitions.
Les couturières ou “midinettes”, mal payées pour un travail de 10 heures par jour, 6 jours sur 7, organisèrent une grève, qui devint rapidement contagieuse. Une telle action suscita l’émergence des syndicats et la rédaction de conventions collectives.
Quand les hommes rentrèrent, des primes furent offertes aux femmes pour qu’elles quittent leur travail et regagnent leur foyer pour y faire des enfants et
“rendre aux hommes leur grade” c’est à dire leurs prérogatives et ascendant ! M-T B