Le jeudi 26 mai nous avons écouté la conférence de M. Gérald Grundberg, conservateur général honoraire des bibliothèques, dont le sujet était « La nouvelle bibliothèque d’Alexandrie: un pont vers l’avenir ». M. Grundberg a dressé un tableau très complet de la bibliothèque d’Alexandrie de l’antiquité à nos jours.

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Créée par Ptolémée I Sôtêr,roi d’Egypte de 305 à 283av. J.C., la bibliothèque d’Alexandrie fut développée et enrichie par ses successeurs.Le projet était de créer une bibliothèque encyclopédique, c’est à dire possédant des ouvrages traitant de toutes les sciences, universelle, c’est à dire dans toutes les langues, et exhaustive, elle devait rassembler en un seul lieu clos les livres du monde entier. Les moyens mis en œuvre pour constituer les collections étaient très énergiques. Tous les vaisseaux arrivant au port d’Alexandrie devaient remettre les livres qu’ils transportaient : les rouleaux étaient immédiatement recopiés, les copies remises aux propriétaires des manuscrits, les originaux restant pour le Musée.
Sa collection aurait compté jusqu’à 700 000 rouleaux de papyrus avec la bibliothèque de Sérapéion, annexe construite un peu plus tard au Temple de Sérapis, communément appelée « Bibliothèque des Filles ».

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Les plus grands savants et philosophes fréquentèrent cette bibliothèque, Euclide, Ératosthène et Hypocrate par exemple. Véritable mythe fondateur elle eut une influence très forte pendant de nombreux siècles.

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C’est dans la bibliothèque d’Alexandrie que Cléopâtre VII et Antoine se suicidèrent en 30 av. J.-C.

Cette bibliothèque a fait l’objet de nombreuses représentations fantaisistes ou même anchroniques puisqu’il n’en existe aucune description.
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Par exemple il n’y a aucune montagne aux alentours de la bibliothèque!

Aucun manuscrit provenant de cette bibliothèque n’a été retrouvé et sa disparition est encore aujourd’hui mystérieuse. A-t-elle était détruite en 47 av. J.C. au cours de la guerre civile entre Jules César et les partisans de Pompée, en raison de l’incendie allumé par César pour détruire les navires égyptiens . Mais un autre récit s’oppose à celui-ci et explique qu’il aurait en réalité brûlé plus de 40 000 copies manuscrites prêtes à être envoyées à travers le monde et stockées dans des ateliers qui n’avaient rien à voir avec la bibliothèque en elle-même.
Serait-ce en 391 ap. J.C. , lorsque l’empereur chrétien Théodose Ier ordonne la fermeture du temple de Sérapis (« Sérapeion ») ; il fait brûler ou aurait laissé brûler, à l’instigation du patriarche Théophile, les manuscrits non conformes à la foi chrétienne. La destruction ultime de la bibliothèque d’Alexandrie a-t-elle eu lieu en 642 quand les troupes arabes du calife Omar ont assiégé Alexandrie. M. Grundberg, notre conférencier, ne croit pas à cette dernière hypothèse.

En 1970 naît l’idée d’une nouvelle bibliothèque d’Alexandrie. L’étude de faisabilité est financée par l’UNESCO au milieu des années 1980. C’est un cabinet d’architecture norvégien Snohetta qui a remporté le concours d’architecture sur plus de 500 projets présentés. Les travaux ont commencé en 1995 sur la corniche d’Alexandrie, près du site où se trouvait le bâtiment antique. Le chantier était alors ouvert 24 heures sur 24. Il a duré jusqu’en 2001, soit 6 années de construction. Il a été financé par l’Unesco, l’Egypte et le monde arabe.

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C’est un cylindre tronqué de 160m. de diamètre, entouré d’un majestueux mur de granit d’Assouan gravé des caractères de tous les alphabets du monde. La salle de lecture de 70 000 mètres carrés est vertigineuse par son immensité, pourtant son découpage en sept niveaux permet de s’y sentir à l’aise. Elle peut recevoir 2000 visiteurs et 8 millions de livres.

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Un toit de verre et d’aluminium permet un éclairage agréable de l’intérieur sans lumière directe pour ne pas incommoder le lecteur et pour préserver les documents. Grâce à son inclinaison, il offre une vue sur la mer toute proche.

Bibliotheca Alexandrina représente un ensemble culturel qui comprend non seulement la Bibliothèque mais aussi
– un centre de conférence de 2500 places,
– un planétarium,
– 4 musées soit : un musée archéologique, un musée des sciences, un musée de la calligraphie et un musée des manuscrits,
– des salles d’expositions temporaires,
– 3 salles de réunion à l’intérieur même de la Bibliothèque,
– une école internationale des Sciences de l’Information
– une cafétéria, une boutique

C’est à la même époque qu’est construite la Bibliothèque François Mitterand à Paris. François Mitterand signe la déclaration d’Assouan qui engage la France à collaborer à la renaissance de la Bibliotheca Alexandrina. Cette coopération a fait l’objet de nombreux échanges culturels, formation des bibliothécaires, remise des archives du Canal de Suez, réalisation du système d’information par la société Cap Gemini. Cette collaboration est toujours bien vivante, en 2009, 500 000 livres français ont été donnés à la BA, ce qui a permis l’accroissement du département francophonie de la bibliothèque. Chaque année 2000 titres de l’édition française sont remis à la bibliothèque.

« L’Alexandrina a été définie comme bibliothèque publique de recherche,
définition hybride mais généreuse qui indique assez bien l’ambition du projet.
La bibliothèque sera en même temps une bibliothèque pour la recherche,
avec des pôles de spécialisation réservés aux chercheurs, et une bibliothèque
encyclopédique de référence ouverte à tous, c’est-à-dire en fait à tous ceux
qui ont des besoins documentaires. Ce sera aussi un lieu essentiel de conservation comme nous l’avons vu, un lieu de production et d’édition numériques, un lieu d’échanges cherchant à renouer avec les pratiques de l’antique bibliothèque-musée qui fit se rencontrer les savants de tout le monde méditerranéen, un lieu d’enseignement puisque l’Alexandrina hébergera une école supérieure de bibliothéconomie, un centre d’action culturelle organisé autour de plusieurs musées. » (in Construire une bibliothèque ENTRETIEN AVEC GERALD GRUNBERG Propos recueillis par Louise MERZEAU. Cahiers de Médiologie 2008 )

La Bibliothèca Alexandrina est un symbole d’ouverture et de dialogue dans « un espace de liberté où les individus pourront se rencontrer et faire progresser la cause de la connaissance et de la paix. »(G. Guitany)