Grèce : le tableau de Picasso retrouvé tombe en pleine conférence de presse

Dérobée en 2012, la toile peinte par l’artiste espagnol en 1939 a été replacée par un agent, qui n’a pas pris de précautions, rapporte la BBC.

La « Tête de femme » de Picasso et le « Moulin » de Mondrian vont retrouver les galeries de la Pinacothèque nationale d’Athènes après avoir été dérobés en 2012.© HANDOUT / Greek Culture Ministry / AFP

Par LePoint.fr (avec AFP)

L'huile du peintre espagnol, Tête de femme, mesurant 56 sur 40 cm et datant de 1939, avait été offerte dix ans plus tard par l'artiste à la Grèce en hommage à sa résistance antinazie durant l'occupation de 1941-1944. Elle a été retrouvée dans la région rurale de Keratea, à environ 45 km au sud-est d'Athènes, ont annoncé les autorités. Selon la police, un maçon âgé de 49 ans a été arrêté et a avoué être l'auteur des vols remontant à 2012. Il a dit avoir dissimulé les œuvres chez lui avant de les cacher récemment dans l'épaisse végétation d'une vallée locale.

C'est une mésaventure qui ne manque pas de faire frémir les conservateurs d'œuvres d'art. Comme le rapporte la BBC, un tableau de Pablo Picasso dérobé en 2012 à la Pinacothèque d'Athènes vient d'être retrouvé et a malencontreusement glissé par terre lors de la conférence de presse de présentation. Au moment où les journalistes s'apprêtaient à prendre en photo la toile, celle-ci est tombée au sol, avant qu'un agent ne la ramasse et ne la replace sur le rebord sans même mettre de gants, au grand désarroi des spécialistes.

Publié le 01/07/2021 à 01h13 - Modifié le 01/07/2021 à 06h42


L'EXPEDITION SHACKLETON - 1914 - 1917

Conférence par Olivier Mignon

2 février 2021

Olivier Mignon a évoqué par Visio conférence avec enthousiasme et brio l’expédition Shackleton qui a duré trois années de 1914 à 1917.

Cette expédition portant le nom prédestiné d’Endurance visait à traverser l’Antarctique de long en large.

Hélas elle fut un échec mais l héroïsme de ses équipiers demande une grande admiration.

Qui était Ernest Shackleton ?
Il est né en Irlande en 1874 et son enfance se déroulait avec une seule passion : qui l’a poursuivi jusqu’à la fin de ses jours 

L’AVENTURE

Il a fait une carrière d’officier de marine brillante avec la devise familiale

     « Par l’endurance nous vaincrons »

Ce n est donc pas par hasard que son bateau et son expédition s appelleront L’endurance.

Il était un explorateur exemplaire hors pair, meneur d hommes

Ses marins l’appelaient « Boss »

Donc prêt et passionné par son projet Shackleton recrute des hommes pour l’accompagner dans cette aventure.

Il fait passer dans les journaux des annonces.

« Recherche hommes pour voyage périlleux. Petits gages, froid rigoureux, longs mois de totale obscurité, dangers permanents, retour incertain.

Honneur et reconnaissance en cas de succès » 

Malgré cette annonce qui fait peur notre explorateur a reçu 5000 réponses. Après un choix très étudié il retient 28 hommes qu’il juge apte pour cette expédition.

L équipage était constitué de charpentier de médecin, océanographe, de photographe, de cuisinier ….

Chaque membre ne pouvait prendre qu' un kilo d objets personnels .il fallait laisser place aux vivres, aux traîneaux pour circuler sur la banquise, à la meute de chiens (une vingtaine de chiens), tous les accessoires pour les recherches scientifiques et tout le matériel pour faire cuisine et réparations de toutes sortes, etc. Le bateau, une fois bien constitué est prêt à partir. Le 05 Décembre 1914 l’Endurance quitte la Géorgie du Sud pour mettre le cap sur l’Antarctique

Mais début Janvier 1915 le trois mâts est bloqué par les glaces

Les marins vivent de phoques et de graisse de phoques. Le dégel approche, le bateau essaie de se frayer un chemin mais l espoir est de courte durée. Tout le bateau est ébranlé et prend l’eau.

Donc il faut débarquer sur la banquise avec les traîneaux les canots de sauvetage les chiens et les restes de vivres

Le blizzard empêche les hommes de se diriger et il faut attendre trois mois afin de regagner l’ile Eléphant inhabitée peu hospitalière et plus de vivres et à la grande désolation de tous, il faut abattre les chiens pour survivre.

Un canot avec quatre hommes à bord part chercher des secours laissant les 24 hommes transis de froid sans vivres. Seulement trois mois après une frégate arrive, c’est la victoire tous ont résisté.

Cette incroyable expédition au pôle sud et la façon dont l’équipage survécut dans des conditions extrêmes relève de l’héroïsme au temps des grands explorateurs.

Voilà un compte rendu très bref de ce périple qui donnera envie de consulter

Les nombreux livres qui retracent l’odyssée de l’Endurance. Le récit est fait en détail par l’explorateur lui-même

Le photographe à bord a réalisé des vues extraordinaires sur ce voyage et que l on retrouve dans ces livres.

Ernest Shackleton est décédé en 1921 en Georgie du sud .il préparait une nouvelle expédition.

Il repose à la demande de sa famille dans cette terre qui fut le point de départ de ses aventures.  


CAFE LITTERAIRE "Frère d'âme"

Ce livre de David DIOP, Frère d'âme, plein de fureur et d'effroi, des hommes dans une tourmente sans nom.

Le vécu de ce tirailleur sénégalais qui lui prend sa raison, dans un mélange de traditions originelles et du monde guerrier de la France et de l'Allemagne.

Cette tragédie de guerre va faire de lui un "démon" intouchable pour les africains, criminel de guerre pour les militaires. L'absurdité de la guerre dans toute sa cruauté, bêtise, destruction des hommes dans leur corps et dans les âmes.

Le titre de ce livre "Frère d'âme" exprime cette souffrance.

Cette écriture lancinante, répétitive, envoûtante, nous laisse un sentiment douloureux.

Un très bon livre.

Yvette


CAFE LITTERAIRE - "Qu'elle n'est pas ma joie"

Dans le thème de la littérature nordique, le choix du livre de l'auteur suédois Jens Christian Grondahl, "Quelle n'est pas ma joie", nous propose un sentiment courant, celui de l'amitié.

Une femme de 70 ans rentre des obsèques de sa grande amie Anna. assise seule, elle lui parle... Relate leur parcours commun très lié.
Leurs deux vies entremêlées, le sentiment profond de l'amitié porté au plus haut point, de l'amour sans le sexe, l'admiration de l'autre, l'acceptation qui peut choquer mais d'une honnêteté absolue.

Le thème de l'amitié si souvent évoqué par les écrivains, les philosophes, donne à ce livre une dimension surprenante, dans une écriture fluide, agréable.

Un très bon livre qui interpelle, qui questionne.

Bonne lecture.

Yvette


L’Atlantide ou Akrotiri ?

  L’Atlantide ou Akrotiri ? Conférence du 16 octobre 2018, Mme Ramier

Un des fondements des mythes de l’humanité …encore un des grands moteurs de l’archéologie. Il existe très peu de source fiable au sujet de l’Atlantide. Platon en parle comme d’un paradis sur terre : abondance, prospérité, pas de souffrance… Platon ne peut rien prouver tout a disparu, même ce fameux alliage, l’orichalque, qui a servi à bâtir l’acropole de l’Atlantide

Comment ce mythe a-t-il pu survivre ? Au Moyen Age, période qui s’ouvre sur l’Afrique et la Chine, les romans de voyage se diffusent. L’existence de l’Atlantide ne fait aucun doute

.On recherche donc un lieu où il y aurait pu y avoir un tremblement de terre, une irruption volcanique. Les recherches se sont orientées vers la Corse, la Sardaigne, les Canaries, Madère, les Açores puis la Grèce….

En 1867, Ferdinand Fouqué recherche des matériaux pour construire le canal de Suez. Il se procure de la pouzzolane à Santorin, et y découvre des tessons de céramique qui ne sont ni grecques, ni égyptiennes, ni phéniciennes. Les fouilles reprennent, Santorin présente peu d’intérêt, malgré l’irruption de son volcan. On s’intéresse à la Crète, sans succès.

 

C’est un archéologue grec, Marinatos, qui relancera les fouilles, et le 25 mai 1967 elles commencent à Akrotiri. Les résultats sont spectaculaires. Les découvertes indiquent un haut niveau de civilisation : maison à étage, salle de bain, réseau d’égout, eau courante, écriture, fresques représentant du commerce maritime, des récoltes, de la pêche en abondance. Mais aucun reste humain. Il y aurait eu une première alerte avec un tremblement de terre.

Les habitants ont alors préparé leurs affaires qu’ils n’ont pas eu le temps d’emporter, le volcan étant entré en éruption.  Ils regagnent les bateaux…On suppose qu’ils sont morts en mer sous l’effet des gaz ou du tsunami.

Marie Pierre Delalande


Georges Sand - Geneviève Chauvel

Nous effectuons, nous aussi, notre rentrée littéraire avec une première conférence animée par Geneviève Chauvel venue nous offrir, en écho à la parution de son livre « Le roman d’amour de G Sand » un éclairage subtil sur sa vie sentimentale.  Car, en plus de la grande romancière, de la femme de lettres qui réunit à Nohant la plupart des intellectuels de son époque, de la femme engagée dans le combat politique et social G Sand a été une grande amoureuse.

C’est dans cette intimité que G Chauvel nous invite sur le chemin de l’émancipation des femmes et la conquête de leur liberté

Toute sa vie elle a été en quête de l’amour dont elle a manqué dès l’enfance. Et au fil des années elle a finalement connu toutes les formes de l’amour, allant de l’amour maternel avec sa grand-mère, spirituel lorsqu’elle découvre l’amour mystique à 15 ans, conjugal avec C Dudevant puis adultérin avec J Sandeau ; moins romantique sera l’amour de propagande partagé avec Musset.

Puis elle connaitra l’amour platonique, l’amour saphique (Marie d’Orval), l’amour charnel (Michel de Bourges), l’amour transcendé par la musique (Chopin) et enfin l’amour apaisé avec Alexandre Manceau

C’est ce dernier compagnon qui lui a permis de réaliser la fusion corps, cœur, esprit qu’elle a recherché toute sa vie

Merci à G Chauvel pour cette plongée dans l’intimité de « la bonne dame de Nohant »

Anne-Lise Raynaud


« Deux remords de Claude Monnet » de Michel Bernard

Le dernier café littéraire avant les escapades estivales s’est déroulé le 4 juin, autour du livre de Michel Bernard « Deux remords de Claude Monnet ».
Magnifique évocation de deux périodes de la vie du peintre, la jeunesse et la vieillesse, mais toujours en relation avec deux personnages qui ont énormément compté dans sa vie : Frédéric (Bazille, l’ami, le peintre) et Camille (la première épouse adorée). Eclairage subtil sur ce qu’une œuvre peut raconter d’une vie, regard sur la révolution picturale qui aboutira à l’impressionnisme, rapports entre le monde politique et l’art.
Ce livre est un ravissement grâce à la plume de Michel Bernard dont le style à la fois précis et poétique nous transporte au sein de cette communauté d’artistes, illuminée par la présence radieuse de Camille.
Un seul point n’a pas obtenu le consensus de toutes les participantes : l’interprétation du titre. Mais c’est bien là l’intérêt de la littérature : ouvrir toutes les portes……

Anne-Lise Raynaud


Conférence du mardi 9 janvier 2018 : « Degas, le peintre des danseuses » par Danièle Kriser

Danièle Kriser, avec l’enthousiasme que nous lui connaissons, est venue nous parler du peintre Edgar Degas, souvent appelé « peintre des danseuses ».
Nous avons découvert au fil de sa conférence un personnage complet et complexe qui voulait être à la fois illustre et inconnu, un touche à tout de génie, à la fois sculpteur, photographe, écrivain de qualité mais avant tout dessinateur d’une exceptionnelle qualité. Un homme avec ses zones d’ombre aussi (rapports difficiles avec les femmes, prise de position antisémite…).
Il aura fallu attendre, bien après sa mort, la vente de son fonds d’atelier et les témoignages écrits de Paul Valéry qui l’a beaucoup fréquenté pour connaître mieux Edgar Degas.
Héritier d’une famille ayant des attaches à Orléans mais expatriée à Naples sous la révolution, où son grand-père fait fortune dans la banque, Edgar de Gas (1834-1919) est l’un des cinq enfants d’Auguste De Gas, revenu s’installer à Paris pour y ouvrir une filiale de la banque paternelle. Il reprendra par la suite le nom de son grand-père tel qu’à l’origine, Degas.
Il reçoit une bonne éducation mais abandonne très vite la faculté de droit, où il s’est inscrit pour satisfaire son père, pour donner libre cours à son goût pour le dessin. Il fréquente assidument le Louvre pour y faire des copies. Il commencera à suivre les cours de l’école des Beaux-Arts mais n’en supportera pas longtemps l’enseignement imposé qu’il juge trop strict. Une des contradictions qui caractérisent Degas : attaché aux cadres traditionnels mais très réticent dès qu’il ressent le poids d’un formalisme qu’il juge trop pesant.
Grâce à son ami Paul Valpinçon, dont la famille est mécène d’art et collectionneuse d’œuvres, il rencontrera Ingres qui lui donnera pour conseil « de faire des lignes et des lignes… », ce qu’il va faire, se décrivant toujours d’ailleurs plus comme un dessinateur que comme un peintre. Ses différents travaux préparatoires sont extraordinaires de précision.
C’est ainsi qu’il part faire un grand tour en Italie. Ce séjour durera trois ans pendant lesquels il copie, fait des portraits...et fait ainsi sa propre formation. Il apprendra à dessiner comme Ingres mais affranchi de l’enseignement du maître.
Il fera également de très nombreuses sculptures pour « travailler la troisième dimension ». De très nombreuses statuettes seront retrouvées après sa mort.
Degas travaille « furieusement », encouragé par son père à se faire mieux connaître. Il bénéficiera également de la proximité amicale de nombreux peintres, et notamment d’Edouard Manet et de toute la famille, Berthe Morisot, Monet…
Degas fera ses vrais débuts parisiens avec la peinture des champs de course qu’il va représenter dans de nombreux tableaux. Il sera contraint par la suite de renoncer à ces peintures extérieures à cause de problèmes héréditaires de vue qui le rendront quasiment aveugle à la fin de sa vie.
Il peindra également ce qu’on a appelé « des tableaux psychologiques » sujets à interprétation (« Bouderie », « Le viol », des scènes familiales avec un cadrage surprenant qui rappelle la photographie qui l’intéresse tout particulièrement). Ses tableaux seront aussi le reflet d’une réalité sociale (« Repasseuse », « Dans un café, l’absinthe »…). Zola reconnaîtra d’ailleurs la dette qu’il a envers Degas dans cette même façon de montrer certaines misères.
En 1870, il s’engage dans la garde nationale. Ses sentiments patriotiques sont très marqués et lui vaudront des ruptures amicales définitives. Ce fut le cas avec Tissot avec lequel il partageait par ailleurs un goût pour l’exotisme, le Japon et les loisirs modernes mais qui n’avait pas les mêmes points de vue nationalistes.
A son retour, il revient à son sujet de prédilection, l’Opéra. Va alors commencer la série de ce qu’il a lui-même appelé « ses produits ». Durand-Ruel, le collectionneur et marchand d’art sera pour lui d’une remarquable fidélité. C’est à cette époque véritablement qu’il devient « le peintre des danseuses », attentif et sans concession. Sa production sera abondante. Il aura quelques modèles de prédilection comme Eugénie Fiocre, danseuse à l’opéra.
Degas innovera avec les pastels sur monotype qui donneront à certains de ses tableaux une ambiance presque nocturne et un aspect plus moderne. Ses derniers pastels seront des orgies de couleur alliant à la fois les racines évidentes dans le 18e siècle et un réel modernisme.
Par sa technique, Degas n’est pas un impressionniste. Il est trop attaché au passé. Mais il a par ailleurs eu un rôle fédérateur au sein de ses amis pour faire changer les choses, notamment dans les conditions de vente et d’accrochage des œuvres. Un pied dans le passé, un autre dans le futur auprès de ses amis impressionnistes.
Degas sera un homme de paradoxes tout au long de sa vie. Il aura connu à la fois des ennuis d’argent lorsque l’affaire familiale sera ruinée et une aisance certaine qui lui permettra de devenir à son tour un collectionneur compulsif et avisé dans ses choix.
Il s’éteindra en 1919, atteint de surdité et de cécité, laissant une œuvre puissante et encore souvent mal connue. A son image. A l’occasion du centenaire de sa naissance, en 1984, a été organisée une très belle exposition.

I.Bertrand

Livre conseillé par D. Kriser : « Degas, danse et dessin » de Paul Valéry


« Les usages et arts de la table – Evolution de l’Antiquité à la fin du XIXe siècle »

« Les usages et arts de la table – Evolution de l’Antiquité à la fin du XIXe siècle »
Par Marie-Sophie Perret

Le 6 février, nous avons évolué avec plaisir dans l’univers des arts de la table, leur histoire et leur connotation sociétale.
Au fil des siècles, les coutumes ont évolué pour passer du banquet romain que l’on prenait allongé pour afficher ses attaches aristocratiques au banquet médiéval où l’élite affirmait sa suprématie au contraire par la position assise et qui permettait de montrer sa puissance aux nombreux hôtes. Tout était codifié et l’on dînait en fonction de sa position dans la hiérarchie sociale.
Marie-Sophie Perret a retracé pour nous l’apparition et l’évolution des différents objets et couverts. Le couteau, longtemps unique couvert était parfois un objet de très grande valeur, avec des manches en ivoire par exemple, représentant des personnages. Les nappes furent des objets de passion pour Charles V à qui l’on doit notamment l’apparition des nappes damassées. Il en possédait 67 dans son trésor dont certaines mesuraient plus de 20 m de long.

Certains éléments du couvert sont de véritables œuvres d’art, nous découvrons les vaisseaux (qui ont donné le nom de vaisselle), qui sont des nefs, centres de table imposants garnis d’objets nombreux et divers. Quelques exemples célèbres : la nef d’Anne de Bretagne, de Charles Quint…Elle est dirigée sur la table vers le convive que l’on veut honorer, un exemple du Protocole parfois assez sidérant.

La fourchette, introduite par Catherine de Médicis, est imposée par Henri III. Louis XIV détestait s’en servir. Sa forme évoluera pour s’adapter aux besoins pratiques.
L’histoire de l’assiette est étroitement liée à celle de la porcelaine puis de la faïence, inventée en Irak, arrivée en Europe grâce aux avancées arabes, par l’Espagne puis l’Italie (apparition de la Majolique). L’engouement est énorme, le pape, les Médicis sont de grands amateurs. Comme pour les couverts, le nombre de 12 dans les services est lié à celui des apôtres.
Au XVIe siècle, un texte important vient codifier un peu différemment le Protocole. En effet, en 1536, Erasme rédige « La civilité morale de l’enfant ». Cet ouvrage marque une transition de civilisation avec des préceptes nouveaux. Apparaissent les notions de dégoût et donc de raffinement et d’intimité qui vont profondément modifier les usages.
Louis XIV jouera un grand rôle dans la mise en scène du Couvert. Désormais, sont fixées les règles du service à la française. On dîne maintenant face à face, la gastronomie évolue considérablement.
Au XVIIIe siècle, on atteint un degré de grand raffinement, on voit apparaître le Surtout de table, en général en argent massif. Ces objets sont de véritables sujets de conversation. Ils doivent se rapporter aux centres d’intérêt des convives. La chasse est donc un thème de prédilection.

Il y a également des flambeaux et des chandeliers pour éclairer les tables et renforcer cette notion d’intimité devenue importante.

Tableau de de Troy
« Déjeuner d’huitres »

L’Empire va instaurer d’autres usages. Napoléon revient au banquet médiéval avec une absence totale d’égalité au sein des invités.
A cette époque apparaît la porcelaine dure avec la découverte du kaolin par JB Darnet à Saint Yrieix, près de Limoges. Outre l’usage désormais rendu possible du couteau, cette découverte engendre une production de porcelaine qui va connaître un essor important et assurer sa notoriété à travers le monde.
Napoléon maintient le service à la française car les valets de pied qui assurent le service peuvent s’avérer de parfaits agents de renseignements, comme ce fut le cas lors du célèbre diner du Congrès de Vienne en 1815 avec le rôle de Talleyrand. C’est d’ailleurs le cuisinier de Talleyrand, Marie-Antoine Carême qui inventa les pièces montées. Il en fera de véritables éléments de mise en scène qui viendront remplacer dans ce rôle les surtouts. Il écrira aussi des traités de pâtisserie et sera le premier à porter l’appellation de « chef ».
C’est ensuite le service à la russe qui sera adopté : les plats seront servis de façon successive et les préparations se feront en cuisine au préalable. C’est le prince Kourakine, ambassadeur de Russie en France, qui a introduit ce changement. Les hôtes sont servis à la portion et peuvent manger chaud.
Cela présagera la restauration en salle pour tout public, inaugurée par un cafetier, Boulanger, qui trouvera là une imitation des usages nouveaux dans l’aristocratie. De nombreux cuisiniers mis au chômage par la révolution trouveront là une reconversion. Le Grand Véfour fut le premier de ces restaurants.
Napoléon III va introduire de nombreux changements. Lors des « Séries de Compiègne », séjours où sont invitées des personnalités connues, les verres apparaissent à table. On passe surtout de l’argent massif au métal argenté. Le remplacement de la vaisselle fondue par nécessité aurait coûté une fortune. On découvre alors un jeune entrepreneur, Charles Christofle, qui achète des brevets de dorure et d’argenture par électrolyse et donne ainsi naissance au métal argenté en France. L’entreprise devient célèbre à la suite d’une commande pour Napoléon III. La pièce centrale des surtouts sera récupérée dans les ruines du palais des Tuileries et se trouve au Musée des Arts Décoratifs.
A cette époque, on apprécie plus le travail de l’artisan que la qualité de l’objet.
Le « Déjeuner » de Caillebotte (1876) est une parfaite représentation de ce qui se vit dans la haute bourgeoisie de l’époque.
On prend ses repas dans des pièces peu chauffées et les éclairages se font avec des chandeliers dont la lumière est plus flatteuse.
La Baronne Staffe écrit en 1889 « Règles du savoir-vivre dans la société moderne ». Cet ouvrage qui édicte des règles très précises aura un impact considérable et sera considéré comme une référence en matière de savoir-vivre.
Les verres :
Jusqu’à Louis XVI, il n’y aura pas de verres à table. Ils étaient posés sur des plateaux tenus par des domestiques derrière les convives. Il y aurait eu trop de casse dans ce genre de service. Les verres existants étaient d’ailleurs assez laids car faits avec des cendres de fougères.
Tout change avec l’apparition du cristal. On découvre à la fin du XVIIIe siècle que les verres changeaient de matière avec l’oxyde de plomb pour devenir du cristal qui se taillait infiniment mieux.
Les cristalleries Saint Louis puis Baccarat auront un bel essor. D’autant plus que les « professions du feu » étant des professions acceptables pour la noblesse, cette dernière s’investira largement dans le domaine.
Il est assez amusant de constater que l’Elysée sera longtemps très mal équipé en matière de verres et de vaisselle. En effet, il était essentiel au départ que la république ne semble pas renouer avec les fastes de l’ancien régime. C’est ainsi que le successeur de MacMahon, à son arrivée, s’est trouvé totalement dépourvu. En effet, ce dernier était venu avec ses affaires personnelles qu’il a finalement proposé de prêter à son successeur à l’Elysée !
Le président Carnot va commencer à investir et renouer avec les fastes pour les dîners d’état. En 1905, Emile Loubet commande un service Baccarat. Mais l’Elysée reste moins bien loti que certaines grandes maisons ! C’est finalement le Général de Gaulle qui a commandé le fameux service Pimprenelle et c’est lui aussi qui a investi dans les plus grandes commandes redonnant à l’Elysée les moyens d’un faste bien éloigné de ses propres habitudes personnelles.
Conclusion : Il est indéniable que les arts de la table et les coutumes qui s’y rattachent sont un indicateur sociétal. Que feront les prochaines générations de ce bel héritage ?
Isabelle Bertrand


visite du musée de la Légion d’Honneur

Compte-rendu de la visite du musée de la Légion d’Honneur
Avec Marie-Sophie Perret le 25 janvier 2018

C’est aux côtés de Marie-Sophie Perret que nous avons découvert le 25 janvier dernier le musée de la Légion d’Honneur et des ordres de la Chevalerie, en face du parvis du musée d’Orsay, seul musée au monde à ce jour dédié à ce thème.
Il est situé dans le bâtiment qui fut le palais du prince de Salm-Kyrbourg. Le palais a beaucoup souffert au fil du temps, a été remanié et reste un très bel exemple de l’architecture de la IIIe république. Il a été rénové grâce au mécénat à l’occasion du bicentenaire de la création de la Légion d’Honneur dont il est le siège depuis le 3 mai 1804 et la résidence du Grand Chancelier.

Grâce aux très nombreuses informations données par notre conférencière, nous avons découvert la très riche histoire des différents ordres de chevalerie créés au fil de l’Histoire, aussi bien à l’étranger qu’en France.

Nombreuses sont les collections exposées, fruits de dépôts, de dons, d’achats. Elles nous ont permis de revisiter l’histoire de la création des différents ordres, chevaleresques et religieux français et anglais notamment, ordres royaux français, notre visite donnant bien sûr une place prépondérante à la Légion d’Honneur.

Marie-Sophie a déroulé pour notre plus grand plaisir l’histoire de tous ces ordres et décorations, les replaçant dans leur contexte historique et nous donnant avec force détails les raisons politiques et philosophiques de leurs créations.
Nous avons donc suivi le fil de la grande Histoire avec l’apparition successive de l’Ordre de la Jarretière en 1348 en Angleterre, celui de la Toison d’Or créé par le duc de Bourgogne en 1434, l’ordre de l’Etoile, celui très prestigieux de Saint-Michel, le très sélectif ordre du Saint Esprit, l’ordre de Saint-Louis créé par Louis XIV en 1693 qui pouvait être remis à des roturiers, seul à ne pas être par conséquent supprimé à la révolution et préfigurant un peu les principes de la Légion d’Honneur.

Première remise des étoiles de la Légion d’Honneur en l’Eglise des Invalides le 15 juillet 1804

Furent évoquées bien sûr aussi les maisons d’éducation de la Légion d’Honneur, créées en 1805 par Napoléon qui furent les premières et les seules pendant longtemps à s’intéresser à l’éducation des filles. La première maison ouvrit dans le château d’Ecouen sous la direction de Madame Campan, sujet de la conférence prochaine que Geneviève Haroche-Bouzinac viendra faire pour notre club puisqu’elle vient de lui consacrer un ouvrage. Un agréable prolongement de cette visite qui nous a toutes enthousiasmées.

Napoléon disait : « Je veux faire de ces jeunes filles des femmes utiles, certain que j’en ferai par là des femmes agréables ».

Isabelle Bertrand