1. Louise de Vilmorin, Une vie de bohème

Comment connaître quelqu’un dont les yeux changent de couleur selon les interlocuteurs ? Ceux de Louise de Vilmorin sont pailletés de vert pour le peintre Jean Hugo, violets selon Paul Morand, ou encore gris-bleu pour ses amis. La célèbre romancière s’en est toujours amusée, elle qui aimait brouiller les pistes, accentuer ses contradictions et construire

sa légende. « Inconstante, je suis fidèle… » répétait-elle à l’envi.
Née en 1902 dans une illustre famille de botanistes, Louise a raconté son enfance mélancolique à l’ombre d’une mère peu aimante, auprès de quatre frères joueurs et veillant sur elle. D’une maladie qui lui imposa une longue convalescence,

elle conservera un déhanchement qui accentuera son charme et lui donnera

le goût de rêver.Après une enfance chaotique, un désert affectif maternel,

sa vie amoureuse connaît des remous. Ses fiançailles avec  Saint Exupéry sont éphémères.

Mariée à l’Américain Henry Leigh-Hunt, elle souffre du mal du pays, et dépérit. Trois enfants sont nés de cette union mais elle s’en désintéresse, comme l’avait fait sa mère auparavant et en perd la garde.
Son retour en France lui permet de rencontrer des personnes influentes.

Elle multiplie les liaisons. Coco Chanel l’habille gracieusement. Elle est reçue dans les salons de Blanche de Polignac, fille de Jeanne Lanvin. Elle écrit des poèmes pour Poulenc. Sa rupture avec Gaston Gallimard la laisse désespérée. « Au secours ! » est sa devise.

Elle propose à Louis Cartier de créer des bijoux fantaisie, écrit dans Vogue…

Elle s’éprend d’un comte hongrois, Paul Palffy et l’épouse en 1938. Cette même année, les Allemands entrent dans Vienne, et Louise s’inquiète pour ses quatre frères et sa sœur.

Un officier allemand lui apprend que ses frères sont vivants ; il a glissé dans sa missive un trèfle à quatre feuilles qui restera l’emblème de Louise

Après avoir quitté Palffy, elle retrouve la France.

Elle accueille ses amis à Verrières le Buisson, et y reçoit l’ambassadeur d’Angleterre en France, Duff Cooper et son épouse Diana, une ancienne actrice. Ils lui rendent l’invitation et Louise entame une liaison échevelée avec l’ambassadeur, sous l’oeil consentant de Diana, devenue sa confidente et amie.

Elle mène une vie mondaine, reçoit les artistes et écrit des récits de voyages et romans. Femme de lettres, elle reçoit la consécration littéraire en 1951 avec Madame de et Julietta. Elle est capable de passer de romans oniriques à des textes satiriques. La poésie lui permet de surmonter sa vie fragmentée.

Pierre Seghers lui dit « tu es surnaturelle, saturnaturelle ». Elle flirte avec le désespoir, la peur de la solitude.

Ses écrits sont adaptés au cinéma grâce à son sens du dialogue et à son écriture scénarique : « le cœur c’est le drame ». Au début des années 60, elle règne sur le « salon bleu », centre de rencontres artistiques : Léo Ferré, Jean d’Ormesson, Guy Béart et bien d’autres. A partir de 1968 elle vit avec André Malraux, et elle meurt subitement la veille de Noël 1969 d’un arrêt cardiaque dans leur appartement du Palais Royal. Lui finira ses jours à Verrières.

Que fut sa vraie personnalité ? Un château de cartes dont elle aimait le symbolisme. Avec 15 romans, 4 recueils de poèmes, 2 autobiographies, plus d’une centaine d’articles de presse, sa vie fut aussi pleine de créativité que surprenante.

La biographie écrite et présentée ainsi par Madame Haroche-Bouzinac « Louise de Vilmorin, une vie de bohème », est le fruit de recherches approfondies et de rencontres avec les descendants de Louise, ainsi que le résultat d’examen de correspondances récemment retrouvées.

Chantal Lapostolle