GENEVIEVE DE GAULLE-ANTHONIOZ, UNE VIE DE RESISTANCES

Nièce du général de Gaulle, résistante rescapée de Ravensbrück, mère de famille, présidente d’ATD Quart Monde…, Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920-2002) a mené une vie de combat, de résistance, de passion pour l’humain, pour la justice.

25 octobre 1920 Geneviève de Gaulle naît dans une famille aisée et cultivée. Son père, Xavier de Gaulle, frère du Général de Gaulle, lui communique l’« atypisme » de la famille de Gaulle. La perte de sa mère, en 1925, est la première grande douleur de Geneviève. Son père épouse à Rennes en seconde noces le 22 décembre 1930, une petite-cousine de sa première femme, Armelle Chevallier-Chantepie, avec qui il a deux enfants.

Lorsque la Sarre devient allemande, la famille de Gaulle quitte Metz pour habiter Rennes, 10 rue de Robien,jusqu’en juin 1938 où Geneviève est étudiante en histoire. Elle est repliée à Paimpont avec sa grand-mère quand arrivent les 1ers soldats allemands à Rennes. L’armistice du 22 juin 1940, préconisé par Pétain contredit en tout point sa vision de l’honneur, elle décide de faire « quelque chose ». L’action de son oncle à compter du 18 juin 1940 la conforte dans son engagement au sein de la résistance, où elle s’emploiera à faire connaître son action. 

À Rennes, elle déchire les affiches de l’occupant, fabrique des petites croix de Lorraine et arrache, du pont de la Vilaine, un fanion nazi qu’elle rapporte chez elle comme trophée.

1941à Paris, étudiante à la Sorbonne, elle rejoint le réseau du Musée de l’homme, un des premiers mouvements de la Résistance française à l’occupation allemande. Elle rejoint le réseau Défense de la France (1943) dont l’activité est centrée sur la diffusion d’un journal clandestin, créé en juillet 1941 par un groupe d’étudiants parisiens.

20 juillet 1943Geneviève tombe dans un piège tendu 68 rue Bonaparte, à la librairie Au Vœu de Louis XIII, lieu de résistance anti-nazie. Après 6 mois à la prison de Fresnes, elle est transférée au camp de Compiègne, antichambre de la déportation. 

3 février 1944 après 3 jours d’un atroce voyage, elle arrive au camp de femmes de Ravensbrück, à 80 km au nord de Berlin, créé par l’Allemagne nazie en 1939. Geneviève se voit attribuer le matricule 27 372. Une expérience qui la marquera profondément et longtemps elle ressentira crûment la douleur pour pouvoir la traduire en mots. 

27 et 28 avril 1945, les SS ordonnent à toutes les prisonnières d’évacuer le camp, c’est la marche de la mort. 3000 femmes malades et complètement exténuées restent au camp. Geneviève est remise à la frontière suisse, à son père, devenu consul général de France à Genève. Elle rentre des camps pratiquement aveugle et ne pesant plus que 44kg.

À Genève, elle rencontre Bernard Anthonioz, résistant savoyard, éditeur et ami d’Aragon, proche d’André Malraux. Il lui fait découvrir l’art contemporain. 

Très vite après la Libération, Geneviève crée l’Association des Anciennes Déportées et Internées de la Résistance avec Marie-Claude Vaillant-Couturier, et elle y noue d’indéfectibles amitiés avec des camarades de toutes opinions.

1958une rencontre fait bifurquer sa nouvelle existence. Au cours d’un dîner, Geneviève de Gaulle-Anthonioz fait la connaissance du Père Joseph Wresinski fondateur de ATD (Aide à Toute Détresse). Elle s’engage à fond contre la déshumanisation à l’œuvre chez les plus pauvres comme chez les déportés et en 1964 elle est propulsée à la tête du mouvement en France.

9 juin 1987, fidèle à ce devoir vis-à-vis de nos camarades qui, elles, étaient mortes, elle témoigne sur Ravensbrück au procès de Klaus Barbie dans la salle des assises de Lyon.

A la mort du Père Wresinski, en 1987, Geneviève de Gaulle-Anthonioz reprend seule le combat du fondateur d’ATD Quart-Monde, pour une loi de lutte contre l’exclusion

16 février 1998 Geneviève de Gaulle-Anthonioz, titulaire de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance, devient la 1ère femme à recevoir la dignité de Grand-Croix de la Légion d’honneur. Elle invite à la cérémonie sa famille, ses compagnes de Résistance et les pauvres du quart monde.

9 juillet 1998, elle se retire et demande à devenir Volontaire permanente du mouvement. 

Septembre 1998, elle abandonne la présidence d’ATD Quart-Monde.

Elle décède à Paris, à l’âge de 81 ans, jeudi 14 février 2002, d’une longue maladie.

Sa mort entraîne une réaction unanime de tristesse et de regret. Chacun pressent indistinctement qu’une personnalité exceptionnelle vient de disparaître, dont l’action fut lumineuse et universellement reconnaissable. 

Elle n’avait pas souhaité de manifestations trop officielles pour ses funérailles. Selon son vœu, elle repose dans un petit cimetière de Haute Savoie, près de son mari. 

27 mai 2015 Geneviève Anthonioz de Gaulle, 13 ans après sa mort, entre au Panthéon.

Résistante et déportée, elle a été une militante des droits humains jusqu’au bout de sa vie, et même au-delà à travers l’héritage qu’elle nous lègue. Femme d’exception qui a toujours refusél’inacceptable.

« Moi, une héroïne ? Sûrement pas. Les héros et les héroïnes sont des gens d’exception, j’appartiens à ce qu’on peut appeler les braves gens, je suis une brave femme, pas beaucoup plus ». Geneviève de Gaulle-Anthonioz

Michelle Brieuc