Les orgues : Grâce à nos amies Brigitte Grandclément et Christine Viallaneix, dont il est parent, nous avons eu le bonheur de bénéficier d’une “visite privée” des orgues par Jean-Pierre SWIDERSKI, harmoniste du Grand Orgue de Tribune classé Monument Historique en 1982, restauré de 1991 à 1994 par la manufacture d’orgues Jean Renaud, de Nantes. Bien conscientes de notre incapacité physique à être “pédaleuses” des immenses soufflets propulsant l’air le plus régulièrement possible avant l’ère de l’électricité (même abreuvées APRES le travail, comme au XVIIIe siècle), nous sommes montées à la tribune de pierre qui tient la largeur de la nef, sculptée d’anges flûtiste et organiste par Clair-Claude Francin (1702-1773). Sous les tuyaux de montre portés par des angelots sur nuées, ce fut un grand moment : bombarde, clairon, cromorne, hautbois, basson et trompettes, voix céleste et voix humaine, flûtes, gambe et autres jeux, ont un peu moins de secrets pour nous, mais quelle complexité !

Le buffet de 1751/52 passe pour être l’un des plus beaux de France, classé Monument Historique en 1905 (h=9m, l=6m). A 5 tourelles, rendu à sa teinte ocre du XVIIIe siècle par Paul Poilpré, il est l’œuvre d’anonymes dont le travail à l’herminette s’apparente à l’art des charpentiers de marine spécialisés dans la décoration des vaisseaux royaux. Il entoure une horloge de Lepaute, Devant le banc de l’organiste, le positif , (second clavier, sans pédalier, à l’origine transportable), n’est pas posé sur la table ou sur le sol, comme ils l’étaient à l’origine, mais sur une console à décor d’instruments de musique, coquille, et feuilles d’acanthe, qui interrompt la balustrade de pierre ; il est dominé par un ange jouant du violon.
En 1750 le facteur d’orgues Lesclop en reçut commande des marguilliers et du curé Marduel qui œuvra 40 ans pour le prestige de son église. Louis-Alexandre Cliquot reprit le chantier de 1752 à 1756, quand l’organier mourut. De l’instrument d’origine peu d’éléments subsistent après diverses améliorations (par son fils François-Henri Cliquot “facteur d’orgues du roi”, les Dallery, Aristide Cavaillé-Coll, et Gutschenritter, par exemple), ou avanies (en 1795, les soldats de Bonaparte prélevèrent les tuyaux d’étain pour en faire des balles et des cuillers ; avant-guerre, quelques fâcheux passages de facteurs nuisirent à son authenticité). De nombreux concerts de Musique Sacrée sont donnés là, le Grand Orgue et celui de la chapelle de la Vierge jouissant d’une réputation internationale.

Ce grand orgue est à 4 claviers manuels de 54 notes, pédalier de 30 notes, 2832 tuyaux.

L’orgue de chœur, de 1865, est de Cavallier-Coll, à 2 claviers de 56 notes et pédalier de 32 notes.

L’orgue de la chapelle de la Vierge est de John Abbey (anglais né en 1780, mort à Versailles en 1859), facteur célèbre qui importa chez nous, en 1826, le mécanisme anglais et un nouveau type de soufflerie permettant une arrivée d’air régulière. Derrière les tuyaux d’étain se cachent des tuyaux de bois. Les Grandes Orgues de Bayeux figurent parmi ses innombrables créations.
L’église : C’est la 2ième église du nom en ce lieu, après un oratoire hors les murs au XVIe, une chapelle Ste Suzanne en 1521, une église dédiée en 1577 aux 5 Plaies du Christ et à St Roch, protecteur auquel on s’adressait en temps d’épidémie, au même titre qu’à St Sébastien, qui lui est antérieur. Né à Montpellier dans une riche famille vers 1350, rapidement orphelin, il partit prier sur la tombe des apôtres à Rome dès la fin d’une formation de médecin, guérissant les pestiférés sur son passage. 3 ans après, atteint du mal et retiré dans un vallon, il fut nourri par un chien dont le maître Gothard se convertit. Rentré à Montpellier guéri, pris pour un espion, il ne se fit pas reconnaître et mourut après 5 ans d’emprisonnement. La légende raconte qu’une tablette aux caractères d’or révéla son nom et la puissance de son invocation pour s’affranchir de la pestilence. Il est représenté en costume de pèlerin (grand manteau, large chapeau, besace, bourdon, coquille), découvrant le bubon de sa cuisse près du chien qui lécha sa plaie, ou réconforté par un ange. Son culte se développa au XVe siècle.
En 1653 Louis XIV posa la 1ère pierre d’une église, qui n’avait plus “l’orientation canonique” Est-Ouest; beaucoup plus grande que la précédente (c’est l’une des plus longues de Paris avec126 m), le parcellaire l’imposait. Sa construction connut bien des avanies, ajournements par manque de finances (1660/1701) et pléthore d’architectes : Jacques Le Mercier lui donna son plan, qui s’inspire de ND de Paris : nef à bas-côtés continus bordés de chapelles concédées peu à peu pour financer le chantier, chœur en hémicycle à déambulatoire, transept non saillant ; en 1701, Jules Hardouin-Mansart greffa sur le chevet une vaste rotonde elliptique, sous dôme et à déambulatoire annulaire, la chapelle de la Vierge, dévolue au culte de Marie, à la Communion dans sa chapelle axiale ronde de l’Adoration et à l’ossuaire imposé par la disparition du cimetière ; grâce aux libéralités (en monnaie papier !) du financier Law, converti au catholicisme, Pierre Bullet termina les travaux de la nef et du chœur en 1719. Il créa un décor unique d’enfilade d’arcades en supprimant le mur plein axial de la chapelle de la Vierge ; en 1735, cette même manne permit à Robert de Cotte de dessiner la façade. Il démolit la seule tour latérale de façade construite sur les 2 projetées, pour la réédifier enjambant le passage St Roch sur le flanc droit du chœur (ébranlée par l’arasement de la butte St Roch lors du percement de l’avenue de l’Opéra, elle sera abattue en 1879, et l’église n’aura plus de clocher). Son fils exécuta cette façade “classique de style jésuite” à 2 étages : travée haute unie à 2 basses par ailerons, avant-corps à colonnes doriques et corinthiennes. Seules les portes subsistent du décor de sculptures et bas-reliefs car l’église était au centre des combats révolutionnaires ; les clubs agités des Jacobins et des Feuillants se réunissaient tout près, dans les cloîtres de la rue St Honoré, et la haute volée de marches, due à la dénivellation du terrain, permettait de mieux voir les charrettes de condamnés conduits à l’échafaud, place de la Révolution (Concorde) ; Charlotte Corday inaugura ces lugubres défilés. Les évènements du 5 octobre 1795, 13 Vendémiaire An IV, ajoutèrent aux dégradations : commandés par le jeune Gal Bonaparte, envoyé par Barras, les soldats de la Convention tirèrent à la mitraille sur les insurgés massés là, rebelles à la nouvelle Constitution qui exigeait que les 2/3 des membres des chambres (Conseil des Cinq Cents, Conseil des Anciens) soient d’anciens constitutionnels (ceux qui avaient voté la mort du roi). Par le canon, Bonaparte mit fin à la rébellion royaliste de Paris et se lança !
Le 10 VII 1740, l’église fut consacrée aux Cinq Plaies du Christ, sous l’invocation de St Roch.
Par concours de 1752, le curé Jean-Baptiste Marduel, qui consacra toute son énergie à créer dans l’église une scénographie dans l’esprit du Concile de Trente et fit appel aux plus grands artistes de l’époque, commanda à Simon Challe la chaire dont seul l’immense abat-voix, qui représente “la Vérité soulevant le voile de l’Erreur”, subsiste (les cariatides qui soutiennent la cuve, vertus cardinales de la force, de la justice, de la tempérance et de la prudence, sont du XXe siècle). Il décida de faire élever des autels d’entrée de chœur (brisés, la statue de St Roch de Guillaume II Coustou a disparu, mais le Christ à l’agonie de Falconet demeure). En 1754, il choisit le jeune architecte Étienne-Louis Boullée pour réaliser, au nord, la nouvelle greffe de la chapelle du Calvaire, que Jean-Pierre Swiderski a eu la gentillesse d’ouvrir et d’éclairer pour nous (elle ne se visite pas). A cause des saccages, de la réorientation EO et de l’agrandissement de cette chapelle en1850, il en reste peu de chose : les travaux de Boullée, Falconet, C.P. Coustou, Slodtz, S. Challe, Demachy et J.B. Pierre ont disparu, remplacés par d’autres roches, un crucifix de Michel Anguier (XVIIe), une Vierge de Bogino (mi XIXe), un Crucifiement de Duseigneur et une Mise au tombeau de Deseine (1819). En 1756 l’Assomption de J.B. Pierre, fut dévoilée à la coupole de la chapelle de la Vierge, où rayonne encore la grande Gloire de Falconet qui surmontait son groupe de l’Annonciation disparu, remplacé par une Nativité de Michel Anguier (XVIIe). L’ornementation de la chapelle de l’Adoration (Communion) inspirée du mobilier du Temple de Jérusalem, précéda l’inauguration de l’immense perspective à somptueux décor, le 4 XII 1760. Ces chapelles successives symbolisaient les Mystères de la religion catholique : Incarnation, Transsubstantiation, Rédemption.
En 1763, le prêtre entama sa dernière campagne de restauration en demandant à E.L Boullée d’élever 2 autels à l’emplacement des portes du transept, dédiés à St Denis et Ste Geneviève. En 1767 on plaça, au-dessus, dans des cadres en perspective feinte, 2 tableaux de Vien : St Denis prêchant dans les gaules, et de Doyen Le miracle des ardents (en 1130, ce mal aurait disparu après une immense procession derrière la chasse de Ste Geneviève), et 4 statues.
L’église St Roch est, de tradition, “paroisse des artistes” car ils furent nombreux à la fréquenter (voisinage du Louvre et de ses ateliers, proximité des théâtres), à y pratiquer les arts, à y trouver leur dernière sépulture. Son patrimoine culturel, qui a été fortement atteint après les saccages commis à l’intérieur de l’église, et le pillage systématique qui vit disparaître de nombreux objets et œuvres d’art, n’en est pas moins riche pour autant car on y a rassemblé des œuvres et des fragments de tombes provenant d’églises et couvents parisiens disparus (André Le Nôtre, Pierre Corneille, l’amiral Duguay-Trouin, l’Amiral de Grasse, Denis Diderot, l’abbé de L’Épée, Jean Honoré Fragonard….). B.F.